« Monsieur Hervé,
« C’est pour vous dire que Mme la baronne va bien. Je lui donne des œufs à la coque, ça passe toujours. Nous avons des nouvelles poules sur le balcon, elles vont bien. L’autre soir, on a rapporté à Mme la baronne qu’on s’était battu en Champagne et j’ai été mettre un cierge à Notre-Dame-des-Victoires à votre intention.
« Rien d’autre à vous mander, monsieur Hervé ; madame vous fait répéter qu’elle n’a besoin de rien et que tout va bien.
« Elle vous embrasse, et moi, cher monsieur Hervé, cher enfant que j’ai vu naître, je vous dis que le bon Dieu vous préserve et vous ramène bientôt.
« Votre fidèle servante,
« Corentine. »
« P. S. — Madame n’a pas payé le loyer, mais la propriétaire ne nous tourmente pas. »
Kéravan sourit, content, tout allait bien. Ce loyer arriéré, il s’en occuperait à sa prochaine permission.
Il revit en pensée le modeste salon de l’avenue Malakoff avec ses vieux meubles de province, son petit piano droit devant lequel il avait passé tant d’heures heureuses, et la tapisserie ancienne qu’il avait fait porter de Kirvanac’h en s’installant à Paris : Anne de Bretagne et Charles VIII fiancés… Il avait senti le besoin, chez lui, de ce rappel de sa Bretagne.
Il revit encore, devant la porte-fenêtre du balcon où picoraient les poules, la chère aveugle, assise dans sa bergère, cherchant le soleil et levant son visage ridé aux paupières fermées, vers les rayons du jour qu’elle ne voyait plus.