« Il est vrai que ces aveux s’adressent à un homme que je ne connaîtrai sans doute jamais, qui m’a offert spontanément sa sympathie, mais que j’oserais à peine regarder en face s’il était devant moi.

« Ne vous connaissant pas, il me semble que j’écris un peu pour moi-même et malgré moi je me laisse entraîner.

« C’est si bon de parler sans contrainte ! D’être bien soi… sans crainte, sans arrière-pensée !

« Laissez-moi donc user de ce plaisir, à distance, monsieur mon correspondant, à une condition :

« C’est que vous me promettrez que vous ne chercherez jamais à rencontrer Rose Perrin, si vous ne voulez pas voir rompre l’enchantement qui lui permet de s’ouvrir à vous.

« Ainsi, pour la première fois de ma vie, j’aurai rencontré l’ami véritable, celui que de mesquines jalousies féminines ne pourront m’enlever, ou que des sentiments d’une autre nature que l’amitié ne pourront atteindre.

« Je veux être pour vous une Rose Perrin tout idéale, que je ne vous défends pas d’aimer, de loin, comme une sœur.

« D’après vos lettres, je vous crois capable de comprendre mon désir et d’en apprécier toute la délicatesse.

« Voulez-vous bien ?

« Vous ne me chercherez pas. Nous ne nous connaîtrons jamais !