Et tandis que, sans méfiance, l'orfèvre lui serrait la main, le malfaiteur lui enfonça dans le sein un fer homicide (de fabrication américaine).

Le sac ad hoc fut rapidement rempli.

Le malfaiteur allait rentrer dans la rue, quand une pensée lui vint.

Alors, s'asseyant à la caisse, il traça sur une grande feuille de papier quelques mots en gros caractères.

À l'aide de pains à cacheter, il colla cet écriteau sur la devanture du magasin, et les passants matineux purent lire à l'aube:

Fermé pour cause de décès.

L'EMBRASSEUR

La principale occupation entre les repas consistait, pour mon ami Vincent Desflemmes, en longues flâneries par les rues, par les boulevards, par les quais et plus généralement par toutes les artères de la capitale.

Les bras ballants, à moins qu'il n'eût les mains dans ses poches, Desflemmes s'en allait, toujours seul, sans canne, sans chien, sans femme.

Attentif aux mille petits épisodes de la rue, Vincent se réjouissait de tout: propos discourtois entre cochers mal élevés, esclaves ivres suivis par une nuée de petits polissons hurleurs, pickpockets interrompus, noces bourgeoises avec la jeune épouse rougissante, le mari bien frisé, le papa sanguin, la grosse maman en soie noire, la demoiselle d'honneur héliotrope, le garçon d'honneur mal à l'aise en son inhabituelle redingote, le militaire (jamais de noce à Paris sans un militaire, parfois caporal).