«Le 25 décembre 1881, a eu lieu, dans l'après-midi, à l'Hippodrome, la Noël des Alsaciens-Lorrains.
«De patriotiques souvenirs planaient sur cette fête. Une foule émue et sympathique se pressait dans l'immense vaisseau, admirablement décoré pour la circonstance.
«Des Alsaciens, au nombre de six mille, et environ quatre mille enfants, avaient été convoqués dans cette vaste enceinte, afin de participer aux libéralités que leur réservaient les Dames patronnesses de l'Oeuvre, sous la forme d'agréables et utiles dons, consistant en vêtements chauds, objets de toute espèce, jouets et bonbons.
«Au centre de l'arène se dressait un énorme sapin, provenant des forêts d'Alsace [121], dont les gigantesques rameaux, ornés de rubans aux couleurs nationales, ployaient sous une charge coquette de joujoux et de Lanternes.
Note 121:[ (retour) ] Avant de l'expédier, ses racines avaient été soigneusement enveloppées d'une grosse motte de terre alsacienne.
«Des mâts, autour desquels s'enroulaient des oriflammes et des drapeaux tricolores, étaient plantés de place en place. Ils portaient tous, au centre, les armes des villes des pays annexés, ainsi que l'écusson de la ville de Paris.
«Sur des tables placées au pied de ces mâts, s'amoncelaient des piles de cadeaux, qui attiraient les regards de la troupe enfantine, assise au milieu de l'ellipse.
«Le reste de l'assistance s'étageait sur les gradins de l'amphithéâtre.
«On y remarquait bon nombre de sénateurs, de députés, des élèves de l'École polytechnique, de l'École centrale...
«La musique de la Garde républicaine et plusieurs sociétés chorales ont fait entendre, comme intermèdes, des morceaux très applaudis.
«Des pièces de vers et des chants patriotiques ont été chaleureusement acclamés.
«Ensuite a commencé le défilé des enfants qui sont venus, accompagnés de leurs parents, recevoir, des mains charitables, les dons destinés à chacun d'entre eux.
«Les bienfaiteurs se sont retirés avec la conscience d'un doux et cher devoir de commisération accompli en faveur de frères malheureux.
«Les Alsaciens pauvres ont mieux compris qu'ils faisaient toujours partie du territoire français, et que, en dépit des efforts faits pour les séparer de nous, la charité supprimait les frontières nouvelles.»
Note 121:[ (retour) ] Avant de l'expédier, ses racines avaient été soigneusement enveloppées d'une grosse motte de terre alsacienne.
Ce spectacle charmant de l'arbre de l'Hippodrome fait retrouver aux pauvres exilés, dans la douce fête de l'arbre de Noël, le souvenir vivant de la patrie absente, et ceux qui veulent être généreux pour l'enfance proclameront hautement «qu'elles sont bonnes et touchantes, les traditions qui permettent ainsi de faire le bien et la charité, en les parant de cette poésie émue et naïve qui, depuis dix-neuf siècles, s'attache à la plus populaire de nos fêtes [122]».
Note 122:[ (retour) ] Le Journal de Rouen, loc. cit.
Rückert, le plus poétique révélateur, dit Baur, de l'amour divin manifesté dans la grotte de Bethléem, nous a laissé une poésie très aimée des enfants. C'est comme une perce-neige toute pure et toute délicate qui s'est épanouie sur le bord de la Crèche; nous ne ferons que résumer le poète allemand:
L'arbre de Noël et l'enfant pauvre
«Un petit enfant étranger parcourt les rues superbes d'une ville inconnue: il admire les jouets exposés aux vitrines, la lumière des palais et les étincelants sapins entrevus dans les salles bien chauffées.
«Tout enfant, dit-il, a son petit arbre et sa bougie: tout enfant, chez ses parents, a sa douce surprise, et, moi seul, je n'ai rien. Et il frappe tristement à toutes les portes, et personne n'a pitié de lui et ne l'invite à entrer.
«O saint Enfant-Jésus, s'écrie-t-il, je n'ai ni père, ni mère, je n'ai que vous; puisque personne ne m'écoute, venez à mon secours.» Il joint ses petites mains glacées par le froid, et, tout grelottant, il attend, anxieux, dans la rue.
«Et voici que descend vers lui un autre petit enfant, entouré d'une lumière étrange et qui lui dit: