Note 68:[ (retour) ] Ces détails nous sont fournis par les auteurs de la Statistique des Bouches-du-Rhône.

En 1872, dans le village des Lagnes (Vaucluse), bergers et bergères, costumés et chargés de présents rustiques, célébraient la Nativité. Détails curieux: on y portait une étoile au bout d'un bâton nommé guérindon et le cortège se terminait par un groupe de jeunes filles armées d'une épée à la pointe de laquelle se trouvait une pomme lardée de pièces d'argent, qui était déposée dans la Crèche.

Nous citons textuellement le récit qu'on a bien voulu nous faire de la Procession des bergers, à la Messe de minuit, à l'Isle-sur-Sorgue (Vaucluse).

A la Messe de minuit, un peu avant qu'elle commence, tandis que le Te Deum qui termine les Matines est solennellement chanté aux sons harmonieux de l'orgue, un mouvement bien prononcé se produit dans l'église. On entend dans le lointain le bruit vague du tambourin et le son aigu du fifre... Bientôt ils sont à la porte... Des enfants jettent des cris: «la charrette! la charrette!»

La charrette est un petit chariot à deux roues; il est couvert, mais les côtés ouverts sont fermés par de petits barreaux artistement tournés; il est décoré de guirlandes de buis et enrubanné; il est traîné par deux brebis à la blancheur d'hermine, précédé du tambourin, du fifre et des tinclettes; les bailes (ou fermiers) en tête, dont l'un porte un tout petit agneau blanc.

Ils entrent dans l'église en jouant un air retentissant, rustique et traditionnel dont il serait impossible de donner une juste idée, mais dont l'entrain et la gaieté électrisent la nombreuse assistance. Ils vont se ranger auprès de la Crèche qui occupe une des vastes chapelles latérales, au centre de la nef. Le silence se fait, l'émotion religieuse est visible; ce calme n'est interrompu de temps en temps que par le bêlement de l'agneau auquel répond celui des brebis mères, bêlement grave d'un octave plus bas mais dont le contraste est d'un effet charmant et touchant.

L'office terminé, la grand'messe commence.

Après l'Incarnatus est, le diacre se détache, accompagné des enfants de choeur (ils sont vingt-quatre, tous de rouge vêtus), et va à la Crèche. Là, après avoir encensé l'Enfant-Jésus, il le prend et l'apporte dans son frêle berceau; il est précédé des enfants de choeur et des bailes, tenant des cierges allumés; le premier baile place son cher petit agneau blanc sur l'autel.

Le Credo et l'offertoire terminés, l'orgue donne le signal du départ en jouant l'air obligé (comme ci-dessus) qui est répété par les tinclettes, le fifre et le tambourin. C'est le beau moment; tout est préparé: les bailes en ligne, les torches allumées, la charrette où sont attelées les brebis richement harnachées, le petit agneau entre les bras du premier baile qui, la tête couronnée d'un étincelant diadème, couvert d'un magnifique manteau écarlate, ouvre le cortège et se dirige vers l'autel.

Quelle majesté! Quelle grâce naïve! Ils s'avancent lentement; tous, sous le coup de l'émotion qui dut être celle des bergers auprès de la Crèche de Bethléem.