Il va dire: «avec Aline Joyeuse…» mais une gêne l'arrête, un sentiment indéfinissable, comme une pudeur de prononcer ce nom dans l'atelier qui en a entendu tant d'autres. Il y a des choses qui ne vont pas ensemble, sans qu'on sache bien pourquoi. Paul aime mieux répondre par un mensonge qui l'amène droit au but de sa visite:

«Avec un excellent homme à qui vous avez causé une peine bien inutile…
Voyons, pourquoi ne lui avez-vous pas fini son buste, à ce pauvre
Nabab?… C'était un grand bonheur, une grande fierté pour lui ce buste
à l'exposition… Il y comptait.»

A ce nom du Nabab, elle s'est troublée légèrement:

«C'est vrai, dit-elle, j'ai manqué à ma parole… Que voulez-vous? Je suis à caprices, moi… Mais mon désir est bien de le reprendre un de ces jours… Voyez, le linge est dessus, tout mouillé, pour que la terre ne sèche pas…

—Et l'accident?… Oh! vous savez, nous n'y avons pas cru…

—Vous avez eu tort… Je ne mens jamais… Une chute, un à-plat formidable… Seulement la glaise était fraîche. J'ai réparé cela facilement. Tenez!»

Elle enleva le linge d'un geste; le Nabab surgit avec sa bonne face tout heureuse d'être portraiturée, et si vrai, tellement «nature» que Paul eut un cri d'admiration.

«N'est-ce pas qu'il est bien? dit-elle naïvement… Encore quelques retouches là et là… (Elle avait pris l'ébauchoir, la petite éponge et poussé la sellette dans ce qui restait de jour.) Ce serait l'affaire de quelques heures; mais il ne pourrait toujours pas aller à l'exposition. Nous sommes le 22; tous les envois sont faits depuis longtemps.

—Bah!… avec des protections…»

Elle eut un froncement de sourcils et sa mauvaise expression retombante de la bouche: