«C'est vrai… La protégée du duc de Mora… Oh! vous n'avez pas besoin de vous défendre. Je sais ce qu'on dit et je m'en moque comme de ça… (Elle envoya une boulette de glaise s'emplâtrer contre la tenture.) Peut-être même qu'à force de supposer ce qui n'est pas… Mais laissons là ces infamies, dit-elle en relevant sa petite tête aristocratique… Je tiens à vous faire plaisir, Minerve… Votre ami ira au Salon cette année.»
A ce moment, un parfum de caramel, de pâte chaude envahit l'atelier où tombait le crépuscule en fine poussière décolorante; et la fée apparut, un plat de beignets à la main, une vraie fée, parée, rajeunie, vêtue d'une tunique blanche qui laissait à l'air, sous des dentelles jaunies, ses beaux bras de vieille femme, les bras, cette beauté qui meurt la dernière.
—Regarde mes kuchlen, mignonne, s'ils sont réussis cette fois… Ah! pardon, je n'avais pas vu que tu avais du monde… Tiens! Mais c'est M. Paul… Ça va bien, monsieur Paul?… Goûtez donc un de mes gâteaux…
Et l'aimable vieille, à qui ses atours semblaient prêter une vivacité extraordinaire, s'avançait en sautillant, son assiette en équilibre au bout de ses doigts de poupée.
«Laisse-le donc, lui dit Félicia tranquillement… Tu lui en offriras à dîner.
—A dîner?»
La danseuse fut si stupéfaite qu'elle manqua renverser sa jolie pâtisserie, soufflée, légère et excellente comme elle.
«Mais oui, je le garde à dîner avec nous… Oh! je vous en prie, ajouta-t-elle avec une insistance particulière en voyant le mouvement de refus du jeune homme, je vous en prie, ne me dites pas non… C'est un service véritable que vous me rendez en restant ce soir… Voyons, je n'ai pas hésité tout à l'heure, moi…»
Elle lui avait pris la main; et vraiment, l'on sentait une étrange disproportion entre sa demande et le ton suppliant, anxieux, dont elle était faite. Paul se défendit encore. Il n'était pas habillé… Comment voulait-elle?… Un dîner où elle avait du monde…
«Mon dîner?… Mais je le décommande… Voilà comme je suis… Nous serons seuls, tous les trois, avec Constance.