Madame Le Quesnoy observant que la cloche du dîner avait sonné, Hortense répliqua vivement que ce n'était que le premier coup; et la joue sur une main, dans une jolie pose d'attente soucieuse, elle écouta.
«Est-ce à M. le ministre des Beaux-Arts, est-ce au directeur de l'Opéra que le public parisien doit la grotesque mystification dont il a été victime hier soir?…»
Ils tressaillirent tous, excepté Bompard qui, dans son élan de beau diseur, bercé par le ronron de sa phrase, sans compromettre ce qu'il lisait, les regardait l'un après l'autre, très surpris de leur étonnement.
— Mais va donc, dit Numa, va donc!
«En tout cas, c'est M. Roumestan que nous en rendons responsable. C'est lui qui nous a apporté de sa province ce bizarre et sauvage galoubet, ce mirliton des chèvres…»
Il y a des gens bien méchants… interrompit la jeune fille qui pâlissait sous ses roses. Le liseur continua, les yeux arrondis des énormités qu'il voyait venir:
«… des chèvres, à qui notre Académie de musique a dû de ressembler pour un soir à un retour de foire de Saint-Cloud. Et vraiment il en fallait un fameux galoubet, pour croire que Paris…»
Le ministre lui arracha violemment le journal:
— Tu ne vas pas nous lire cette ineptie jusqu'au bout, je suppose… C'est bien assez de nous l'avoir apportée.
Il parcourut l'article, d'un de ces prompts regards d'homme public, habitué aux invectives de la presse. «…Ministre de province…, joli batteur d'entrechats… le Roumestan de Valmajour… sifflé le ministère et crevé son tambourin…» Il en eut assez, cacha la méchante feuille dans la profondeur de ses poches, puis se leva en soufflant la colère qui lui gonflait le visage, et prenant le bras de madame Le Quesnoy: