Monté sur ma table, tout à l'heure, je regardais dehors en songeant à ces choses. Le soleil disparu, la nuit venait, et tout à coup, de l'autre côté du Rhône, un grand feu s'alluma sur la tour du château de Beaucaire.

Il brûla longtemps, longtemps je le regardai, et il me sembla qu'il avait quelque chose de mystérieux, ce feu, jetant un reflet rougeâtre sur le Rhône, dans le grand silence de la nuit traversé par le vol mou des orfraies. Qu'est-ce que cela peut être? Un signal?

Est-ce que quelqu'un, quelque admirateur de notre grand Tartarin, voudrait le faire évader?… C'est si extraordinaire, cette flamme allumée tout en haut d'une tour en ruines et juste en face de sa prison!

_18 juillet. — _En revenant aujourd'hui de l'instruction, comme la voiture cellulaire passait devant Sainte-Marthe, entendu la voix, toujours impérieuse de la marquise des Espazettes qui criait avec l'accent d'ici:

«Cloréïnde!… Cloréïnde!» et une voix douce, angélique, la voix de ma bien-aimée, qui répondait «Mamain!»

Sans doute elle allait à l'église prier pour moi, pour l'issue du procès.

Rentré dans ma prison, très ému… Écrit quelques vers provençaux sur Le soir, à la même heure, toujours le même feu sur la tour de Beaucaire. Il brille là-bas, dans la nuit, comme les bûchers qu'on allume pour la Saint-Jean.

Évidemment, c'est un signal.

Tartarin, avec qui j'ai pu échanger deux mots à l'instruction dans le couloir du juge, a vu comme moi ces feux à travers les barreaux de sa geôle, et quand je lui ai dit ce que j'en pensais, que des amis voulaient peut-être le faire évader comme Napoléon à Sainte- Hélène, il a paru très frappé de ce rapprochement.

«Ah! vraiment, Napoléon à Sainte-Hélène…, on a essayé de le sauver?»