«Négonko? Connais pas… Il n'y a pas de roi Négonko…» Aussitôt Tartarin donna l'ordre de chercher partout son royal beau-père et de l'amener.
En attendant, il proposa à l'officier anglais de venir jusqu'au
Gouvernement, où il lui communiquerait les pièces.
L'officier accepta et suivit, laissant à la garde des chaloupes ses soldats de marine rangés l'arme au pied, la baïonnette au canon. Et quelles baïonnettes! D'un luisant, d'un tranchant, à donner la chair de poule.
«Du calme! Mes enfants, du calme!» murmurait Tartarin sur son passage.
Recommandation bien inutile, excepté pour le Père Bataillet, qui continuait d'écumer. Mais on avait l'oeil sur lui. «Si vous ne vous tenez pas, mon Révérend, je vous attache» lui disait Excourbaniès, fou de terreur.
Pendant ce temps où cherchait Négonko, on l'appelait de tous les côtés, vainement. Un milicien finit par le découvrir au fond du magasin, ronflant entre deux barriques, ivre d'ail, d'huile de lampe et d'alcool à brûler, dont il avait absorbé presque toute la réserve.
On l'amena dans cet état, empesté et gluant, devant le Gouverneur; mais il fut impossible d'en tirer un mot.
Alors Tartarin lut le traité à haute voix, montra la croix en signature de Sa Majesté, le sceau du Gouvernement, des grands dignitaires de la colonie.
Ce document authentique prouvait les droits des Tarasconnais sur l'île, ou rien ne les prouverait. L'officier haussa les épaules:
«Ce sauvage est un simple pickpocket, monsieur… Il vous a vendu ce qui ne lui appartenait pas. L'île est depuis longtemps une possession anglaise.» En face de cette déclaration, à laquelle les canons du _Tomahawk et _les baïonnettes des soldats de marine donnaient une valeur considérable, Tartarin sentit toute discussion inutile, et se contenta de faire une scène terrible à son indigne beau-père: