Ils marchent depuis deux heures lorsque, vers le milieu d'une pente de neige très dure à grimper, Bompard s'écrie effaré:

«Tartar_éïn_, mais ça monte!

—Eh! je le vois parbleu bien, que ça monte, riposte le P. C. A. en train de perdre sa sérénité.

—Pas moins, à mon idée, ça devrait descendre.

oui! mais que voulez que j'y fasse? Allons toujours jusqu'en haut, peut-être que ça descendra de l'autre côté.

Cela descendait en effet, et terriblement, par une succession de névés, de glaciers presque à pic, et tout au bout de cet étincellement de blancheurs dangereuses une cabane s'apercevait piquée sur une roche à des profondeurs qui semblaient inaccessibles. C'était un asile atteindre avant la nuit, puisqu'on avait perdu la direction des Grands-Mulets, mais au prix de quels efforts, de quels dangers peut-être!

«Surtout ne me lâchez pas, qué, Gonzague…

—Ni vous non plus, Tartaré_ïn._

Ils échangèrent ces recommandations sans se voir, séparés par une arête derrière laquelle Tartarin a disparu, avançant l'un pour monter, l'autre pour descendre, avec lenteur et terreur. Ils ne se parlent même plus, concentrant toutes leurs forces vives, crainte d'un faux pas, d'une glissade. Tout à coup, comme il n'est plus qu'à un mètre de la crête, Bompard entend un cri terrible de son compagnon, en même temps qu'il sent la corde se tendre d'une violente et désordonnée secousse… Il veut résister, se cramponner pour retenir son compagnon sur l'abîme. Mais la corde était vieille, sans doute, car elle se rompt brusquement sous l'effort.

«Outre!