ANOUSOUYA, bas à Preyamvada.
Ma curiosité n'est pas moins vive que la tienne, je t'assure; voyons, il faut nous éclaircir. (Haut, en s'adressant au roi.) Seigneur, la douce familiarité qui règne dans votre conversation m'enhardit à vous faire quelques questions: Pourrions-nous savoir de quelle noble famille vous faites l'ornement; quelle contrée est actuellement dans le deuil, à cause de votre absence; et quel motif, vous, dont toutes les manières annoncent une délicatesse exquise, a pu vous déterminer à entreprendre un voyage pénible, pour visiter cette forêt consacrée aux plus rudes austérités?
SACOUNTALA, à part.
Ne palpite pas ainsi, ô mon cœur! toutes ces pensées tumultueuses qui t'agitent avec tant de violence, ma chère Anousouya les dirigera.
DOUCHMANTA, en lui-même.
Que faire? Dois-je me déclarer? dois-je déguiser qui je suis?
Il réfléchit, et déclare qu'il est un pèlerin pieux, lecteur des Védas, qui vient visiter le saint ermite; il s'informe habilement par les jeunes amies de Sacountala de la naissance étrange de cette jeune beauté, et des causes de sa résidence dans cette solitude. Il apprend qu'elle est de céleste origine par l'union d'un saint avec une divinité secondaire. Il s'abandonne avec sécurité à sa passion pour elle.
«Ô bonheur!» s'écrie-t-il en strophes lyriques; je puis donc maintenant donner un libre cours à mes désirs! Réjouis-toi, ô mon cœur! ce que tu ne faisais que soupçonner est à présent changé pour toi en certitude; ce que tu aurais craint de toucher il n'y a qu'un instant à l'égal du feu, tu peux t'en parer comme de la perle la plus précieuse!»
Sacountala entend ces vers, et rougit de pudeur.
«Il faut que je me retire,» dit-elle à sa compagne, «et que j'aille instruire notre vénérable supérieur, Goutami, des paroles indiscrètes de cet étranger.» Ses compagnes cherchent à la rassurer et à la retenir, sous prétexte de soins que ses arbustes chéris exigent encore d'elle. Le héros semble prendre parti pour Sacountala.