Le roi maudit l'étang où Sacountala, en se baignant, aura sans doute laissé glisser son anneau. Il s'accuse lui-même du fatal aveuglement qui l'a empêché de reconnaître son amante et son épouse. On lui apporte le portrait de Sacountala, peinte au milieu de ses compagnes dans les jardins de l'ermitage. Ce tableau lui donne un vertige de tendresse qui s'exprime en vers incohérents mais délicieux. Il déplore le malheur d'un héros et d'un roi qui ne laissera après lui aucun héritier de son empire et de son amour pour ses peuples.
«Grands dieux!» dit-il, «fallait-il donc que cette race antique qui, depuis son origine, s'était conservée si pure, trouvât sa fin en moi, qui ne dois pas connaître le nom si doux de père; semblable à un fleuve majestueux dont les eaux limpides et abondantes finissent par se perdre dans des sables stériles et ignorés!»
IV
Son ministre, pour le distraire de sa mélancolie, lui annonce qu'une race ennemie et perverse a envahi ses États et égorge son peuple.
Il monte sur son char de guerre pour aller combattre. Le dieu Indra le protége, et fait voler son char sur les nuées, à la hauteur des cimes les plus inaccessibles de l'Himalaya, d'où le héros contemple d'un coup d'œil tous ses vastes États.
«Nous touchons,» dit-il à son compagnon, «à cette sphère étincelante de clarté qui, dans ses révolutions rapides, entraîne les astres innombrables et les flots sacrés du Gange, à cette sphère à jamais sanctifiée par l'empreinte divine des pas de Vichnou... J'en juge par la seule impression du mouvement de ce char, par cette légère rosée que font jaillir au loin les roues humides, par ces coursiers à la crinière rebroussée et toute brillante de la lueur des éclairs qu'ils traversent, par ces aigles qui abandonnent de tous côtés leurs nids placés dans les fentes des rochers, et qui volent effarés tout autour de nous.»
Puis, abaissant ses regards sur la terre:
«Quel spectacle admirable et varié me présente, d'instant en instant, grâce à la descente précipitée du char, le séjour habité par l'homme!
«Le sommet affaissé des plus hautes montagnes se confond à mes yeux avec la surface unie de la plaine, et l'on dirait que les arbres, dépourvus de troncs, la tapissent seulement de la plus humble verdure. Les fleuves les plus vastes n'offrent plus que de légers filets d'eau, coulant, à peine visibles, dans leurs lits rétrécis; et, comme si elle était poussée par une force puissante, la terre semble monter rapidement vers moi.»
On voit, à cette description du char prêté au héros par Indra, ce qu'on voit plus formellement encore dans les traditions de la Chine primitive, que cette antiquité avait ses navires aériens et ses aéronautes.