XVII
Au quatrième acte, le poëte introduit sur la scène le vieillard roi, père de Sita. Ses lamentations sur le sort de sa fille ont autant de douleur et plus de piété que celles de Priam ou d'Hécube dans les tragédies grecques:
«Le chagrin, comme une scie aux dents aiguës, déchire sans cesse mon cœur. Toutes les fois que je pense à ma fille, mes douleurs se renouvellent: c'est comme un fleuve toujours plein, dont la source ne tarit point. Qu'il est malheureux que ni l'âge, ni l'infortune, ni les austérités de la pénitence n'aient pu délivrer mon âme de ce corps qui l'accable! Je n'ose pas non plus éteindre en moi cette étincelle de vie; car l'enfer le plus profond, où ne brille jamais le soleil, attend le misérable qui porte sur lui une main homicide. Mes années s'écoulent, et, en dépit du temps, rappelées à toute heure par le souvenir, mes douleurs me survivent à moi-même... Hélas! ma chère Sita, faut-il que toutes tes vertus n'aient pas détourné ce destin rigoureux! Toujours à ma mémoire se représentent tes charmes enfantins, ton visage frais comme le lotus, orné tour à tour de sourires ou de larmes, tes premiers efforts pour exprimer ta pensée par des paroles. Fille du sacrifice, quel est aujourd'hui ton triste partage! Ô Terre, déesse toute-puissante, et toi, brillant Soleil, dieu de ma race, sages et saints, qui deviez la protéger, cruels, pourquoi avez-vous abandonné Sita à son destin?...»
Les enfants paraissent devant l'aïeul et l'aïeule: À mesure que ces beaux enfants s'avancent vers nous,» se disent-ils, «ils entraînent vers eux notre âme endurcie par les années, comme la baguette d'aimant attire une masse de fer.»
L'aïeul embrasse l'enfant. «Comme il me rappelle Rama!» se dit-elle: «il lui ressemble en tout, et par sa taille, et par son teint foncé, semblable à la feuille noire qui flotte sur le torrent, et par sa voix forte, pénétrante comme le cri du canard sauvage, au moment où il rassemble avec joie les tiges du lotus. Sa peau surtout est ferme au toucher comme celle de Rama, dure comme la coupe qui contient les graines du lotus... Mais son air... Ne me trompé-je pas? (À Djanaka.) Voyez-le vous-même: ce regard vif, animé, parlant, n'est-il pas celui de Sita?»
L'interrogation des vieux parents et les réponses naïves des enfants sont dignes d'Éliacin dans notre Athalie.
Des soldats accourent pour disputer aux enfants un cheval échappé, destiné au sacrifice. L'un des fils de Rama protège l'animal, et fait face aux soldats; il tend son arc sous une grêle de flèches, et s'écrie en tirant les siennes, seul contre tous! «Ah! voilà enfin la gloire! Mon arc retentissant frémit et résonne comme le nuage grondant que la foudre froisse et déchire, il s'étend, il s'élargit sous l'effort de mes deux bras, comme la bouche énorme d'Yama s'ouvrant pour dévorer les nations!»
Le combat s'engage, la description rappelle celle des combats les plus gigantesques d'Homère.
Un témoin s'écrie, en le regardant: «Il me rappelle Rama, tel qu'il était dans sa jeunesse, lorsqu'il lançait ses flèches contre les esprits impurs.
«Je suis honteux, quand je considère sa valeur. Il reste immobile, quoique autour de lui gronde la tempête du combat... Dans l'air obscurci par les nuages d'une poussière épaisse, le glaive flamboyant brille comme l'éclair. Les chars se précipitent avec un bruit horrible que grossit encore le tintement des sonnettes qui les décorent; les éléphants monstrueux s'avancent, semblables aux nuages qui portent la foudre, enveloppés de l'obscurité orageuse de la bataille. Le héros les défie, et son cri de guerre est entendu par-dessus le roulement des tambours, plus fort, plus répété que la clameur de l'éléphant sauvage, retentissant dans les bois de la montagne. On se presse sur lui; la fureur, la crainte agitent toutes les têtes qui se rapprochent. Il tire son arc... Tremblants, comme si la bouche d'Yama s'ouvrait pour dévorer le monde, nos gens frémissent, ils chancellent, ils fuient; hâtons-nous... en avant! volons à son secours!—Ce jeune homme doit posséder des armes célestes, dit un autre: