Ainsi, quand je te vis, jeune et belle victime
Qu'un génie éclatant choisit pour ton malheur,
Je cherchai sur ton front le rayon qui t'anime,
Et je fermai mon cœur.
Mais un jour, c'était l'heure où le soin du ménage
Retient la jeune fille à son foyer pieux,
Où l'on n'a pas encor composé son visage
Pour l'œil des curieux.
Les meubles dispersés dans l'asile nocturne,
La lampe qui fumait, oubliée au soleil,
Étalaient ce désordre, emblème taciturne
D'une nuit sans sommeil.
Des harpes et des vers, souvenirs d'une fête,
Des livres échappés à des doigts assoupis,
Et des festons de fleurs détachés de la tête,
Y jonchaient les tapis.
La veille avait flétri de ta blanche parure
Les plis qu'autour du sein le nœud pressait encor;
Tes cheveux dénoués jusques à la ceinture
S'épandaient en flots d'or.
Ton visage était pâle, un frisson de pensées
De ton front incliné lentement s'effaçait;
Comme sous un fardeau trop lourd, ta main glacée
Sur tes genoux glissait.
Au bord de tes yeux bleus tremblaient deux larmes pures:
La pervenche à ses fleurs ainsi voit s'étancher
Deux perles de la nuit, que les feuilles obscures
Empêchent de sécher.
Sur tes lèvres collé ton doigt disait: Silence!
Car l'enfant de ta sœur dormait dans son berceau,
Et ton pied suspendu le berçait en silence
Sous son mobile arceau.
La mort avait jeté son ombre passagère
Sur cette jeune couche, et dans ton œil troublé,
Dans ton sein virginal, tout le cœur d'une mère
D'avance avait parlé.
Et tu pleurais de joie, et tu tremblais de crainte;
Et quand un seul soupir trahissait le réveil,
Tu chantais au berceau l'enfantine complainte
Qui le force au sommeil.