Sa troisième pensée est de lui construire un acte de foi et un culte; sa quatrième pensée est de déduire de cette foi, de ce culte et de sa propre conscience, une morale ou un code du bien et du mal conforme, le plus possible, à l'idée que l'homme se fait de ce qui plaît ou de ce qui déplaît à l'Être des êtres.
C'est ce qu'on appelle la théologie, la religion, le sacerdoce, la morale, la philosophie d'un peuple:
La théologie, science de Dieu et de l'âme, la première et la dernière de toutes les sciences, celle qui commence tout, celle qui finit tout, celle qui contient tout.
Si un seul mot sacré pouvait jamais exprimer Dieu, et les rapports de l'homme avec Dieu, et les rapports de Dieu avec l'homme, toutes les langues et toutes les littératures humaines mourraient sur les lèvres; elles n'auraient plus rien à dire; tout serait dit!
Les livres sacrés des grands peuples sont le dépôt de leur théologie; c'est la littérature de leur âme. Nous allons dérouler devant vous quelques pages des livres sacrés des Indes, les premiers monuments littéraires et théologiques que leur antiquité nous laisse entrevoir à travers les brumes des temps.
Mais avant nous devons dire ce que nous pensons de l'origine des théologies, des religions, des morales, des philosophies sur la terre, à ces époques antéhistoriques de l'humanité. Ce ne sont point des certitudes, ce sont des opinions. Dans ces matières sans autre solution que la foi, et où tout est livré aux conjectures, le vraisemblable est la seule approximation du vrai; quand on ne peut pas prouver, on imagine.
IV
Les philosophes de l'Inde sont spiritualistes par excellence. Ils ne ressemblent en rien aux philosophes matérialistes du douzième siècle, ni aux philosophes terrestres de la perfectibilité indéfinie de l'homme sur ce globe. Leur Éden, comme celui des chrétiens, est dans le passé.
Il s'est formé depuis quelque temps, dans notre Europe, en Allemagne et surtout en France, une école de philosophie bien intentionnée, mais un peu trop superbe. On l'appelle la philosophie de la perfectibilité indéfinie et continue de l'humanité ici-bas. Nous sommes bien éloigné de nier la tendance organique et sainte du progrès en toute chose, cette force centrifuge de l'esprit humain. Cette force centrifuge lui imprime tout mouvement, comme la force centrifuge des planètes imprime leur rotation aux astres; mais les astres eux-mêmes ne progressent pas indéfiniment, ils tournent sur leur axe immobile et dans des orbites prescrits. Le mouvement et le progrès sont donc deux choses dans le ciel: n'en serait-il pas de même dans l'esprit humain?
Disons un mot de cette théorie à propos de la philosophie de l'Inde.