L'époque moderne,
voilà nos jalons. En ne les perdant pas de vue dans les différentes excursions que nous allons faire ensemble à travers les œuvres de l'esprit humain, nous saurons toujours où nous sommes, et nous pourrons pressentir peut-être où nous allons.
XIX
ÉPOQUE PRIMITIVE.
LES INDES, LA CHINE, LES ÉGYPTIENS, LES HÉBREUX.
Parlons d'abord des Indes poétiques.
Le grand rideau qui nous cachait tout un monde, s'est déchiré sur l'antique Orient à deux époques récentes. Le rideau qui nous dérobait la Chine, ses religions, sa philosophie, son histoire, sa prodigieuse civilisation à peine soupçonnée des Grecs et des Romains, comme une de ces planètes lointaines dont les astronomes aperçoivent, à travers des distances infinies, quelques lueurs. Les Portugais et les Vénitiens furent les Christophes Colombs qui découvrirent à l'Europe ce nouveau monde. Les missionnaires jésuites du siècle de Louis XIV furent ceux qui l'explorèrent, et qui nous en rapportèrent fidèlement alors les merveilles dans des travaux qui ne seront jamais surpassés.
Le rideau enfin qui nous cachait les Indes, rideau qui s'est déchiré plus récemment, qui se déchire de jour en jour davantage par la main des savants anglais, depuis le jour où les armes de l'Angleterre ont accompli cette conquête des Indes, rêvée seulement et à peine ébauchée par Alexandre. Chaque jour nous apporte, depuis ce jour, de nouvelles lumières, de nouvelles langues, de nouveaux monuments de cette région, berceau des philosophies, des poésies, des histoires; véritable Éden des littératures antiques retrouvées au pied de l'Himalaya, aux bords du Gange et de l'Indus.
Comme l'hiéroglyphe et le papyrus de l'Égypte, les monuments et ces langues mystérieuses qui contiennent un secret dans chaque mot, ne nous ont pas tout dit encore; écoutons d'abord, néanmoins, ce qu'elles nous ont dit déjà de plus antique, de plus saint et de plus beau. Nous conjecturerons librement le reste. Des foules de traducteurs studieux, acharnés à l'intelligence des livres indiens, sanscrits, comme des ouvriers à la fouille des sphinx dans le désert du Nil, ne nous laissent plus manquer de texte pour nos études sur la littérature des Indes. Nous avons parlé déjà des Védas.