Voici les vers que le poëte fait articuler au cygne: «Ô Damayanti, écoute-moi! Il est un prince nommé Nala, semblable aux dieux jumeaux qui habitent le ciel; c'est le dieu de l'amour lui-même, revêtu d'une forme terrestre. Si tu devenais l'épouse de ce héros, ô charmante fille de roi, l'enfant qui naîtrait de cette union éclaterait de perfections surhumaines. Ô vierge à la taille svelte et élancée, nous avons vu des dieux, des demi-dieux, des hommes, des géants, des génies; mais nous n'avions rien vu de semblable à celui qui t'aime! Tu es la perle des femmes, et Nala est le diadème des hommes!
«Ô cygne, adresse à Nala les mêmes paroles!» répondit en rougissant Damayanti.
Alors l'oiseau déploya ses ailes, pour reprendre son vol vers le séjour de Nala. La Juliette de Shakspeare, dans la tragédie de Roméo, n'a ni plus de passion, ni plus de langueur, ni plus d'innocence que Damayanti. Les grands poëtes se rencontrent égaux en dessin et en couleur devant leur éternel modèle la nature, à travers tous les siècles, toutes les mœurs, toutes les langues.
XXVII
Mais poursuivons l'épisode.
«Les compagnes de Damayanti,» dit le texte indien, «la voient pencher la tête comme une belle fleur qui languit sous l'ardeur du soleil du printemps, et qui fléchit langoureusement sur sa tige.»
Elles avertissent son père, qui songe à lui donner un époux.
Les filles des rois guerriers ont le droit de choisir leurs époux parmi les prétendants des familles royales, convoqués pour cette cérémonie à la cour du père. La beauté célèbre de Damayanti les fait accourir de tous les royaumes voisins. Les dieux, c'est-à-dire les génies intermédiaires qui habitent une espèce d'Olympe indien au dernier étage des monts Himalaya, veulent assister par délassement à ce concours des prétendants. Ils se mettent en route, revêtus de leur costume divin. Ils rencontrent Nala qui s'y rend de son côté, dans tout l'éclat de sa beauté et de sa magnificence. Ils veulent l'éprouver; ils lui ordonnent, au nom de leur divinité, d'aller lui-même annoncer au père de celle qu'il aime que les dieux, charmés de la beauté et des vertus de Damayanti, viennent briguer son choix pour en faire l'épouse de celui qu'elle aura préféré entre eux tous.
Qu'on juge du désespoir de Nala, chargé de demander ainsi la main de son amante pour un autre! Mais l'obéissance religieuse l'emporte dans son cœur sur l'amour même; il fléchit volontairement sous les dieux; il s'immole à sa piété; il accomplit le cruel message.
La première entrevue des deux amants, dans l'appartement de Damayanti, est biblique.