Damayanti comprend cette pudeur de l'infortune, et n'insiste plus.
Les deux époux, après cet entretien, s'étendent pour dormir sous le seul manteau qu'ils ont retrouvé, et s'endorment sur la terre nue, sans herbe et sans mousse, pour reposer leurs membres épuisés.
XXXI
Une scène déchirante, que l'épisode d'Ugolin dépasse à peine en horreur, interrompt ce repos. Nous regrettons de ne pouvoir en donner ici que l'esquisse. Chaque vers est un gémissement d'un cœur qui se brise.
«Damayanti dort à côté de son époux, sous la moitié du manteau jeté sur leurs membres. Nala se réveille; il se demande s'il ne serait pas mieux à lui de mourir ou de fuir dans une inaccessible solitude, que de faire endurer à cette femme de tels tourments: «Près de moi, dit-il, cet être charmant ne peut trouver que les agonies du cœur; fuyons! elle retrouvera le bonheur loin de moi!»
Après une longue angoisse d'incertitude, il se décide enfin à abandonner Damayanti pendant son sommeil.
«Pourrai-je faire,» dit-il à voix basse, «deux parts de ce manteau qui nous recouvre, sans que Damayanti, mon amour, s'en aperçoive?» Il se lève; le mauvais génie qui l'obsède présente à sa main une épée nue sur l'herbe; Nala coupe en deux le manteau et s'enfuit, en emportant la moitié de cette seule richesse qui leur reste.
Après quelques pas, sa raison revient avec sa tendresse; il se rapproche. «Elle dort,» dit-il; «elle dort maintenant sur cette terre nue, sous la branche ténébreuse, ma bien-aimée, elle qui jusqu'ici n'eut jamais à subir ni les ardeurs du soleil ni les intempéries des tempêtes, femme au sourire d'où coulent les grâces. Lorsqu'elle s'éveillera et qu'elle ne trouvera plus que la moitié des vêtements, elle tombera dans la démence. Si je te laisse, ô fille de Bhéma, toi belle entre toutes les créatures de ton sexe, tu parcourras seule l'horrible forêt, infestée de bêtes féroces et de serpents!»
Il s'éloigne cependant de nouveau, revient sept fois, rappelé par sa tendresse; sept fois le génie ennemi l'entraîne loin de Damayanti; l'amour et la pitié le ramènent. Il semble que deux cœurs battent dans son sein. Comme le balancier qui va et revient, Nala part et revient sans cesse; enfin il a fui.