Le mal dès lors règna dans son immense empire;
Dès lors tout ce qui pense et tout ce qui respire
Commença de souffrir;
Et la terre, et le ciel, et l'âme, et la matière,
Tout gémit; et la voix de la nature entière
Ne fut qu'un long soupir.

Levez donc vos regards vers les célestes plaines,
Cherchez Dieu dans son œuvre, invoquez dans vos peines
Ce grand consolateur.
Malheureux! Sa bonté de son œuvre est absente;
Vous cherchez votre appui: l'univers vous présente
Votre persécuteur.

De quel nom te nommer? Ô fatale puissance!
Qu'on t'appelle Destin, Nature, Providence,
Inconcevable loi,
Qu'on tremble sous ta main, ou bien qu'on la blasphème,
Soumis ou révolté, qu'on te craigne ou qu'on t'aime;
Toujours, c'est toujours toi!

. . . . . . . . .
. . . . . . . . .
. . . . . . . . .
. . . . . . . . .

Si du moins au hasard il décimait les hommes,
Ou si sa main tombait sur tous tant que nous sommes
Avec d'égales lois!
Mais les siècles ont vu les âmes magnanimes,
La beauté, le génie, on les vertus sublimes
Victimes de son choix.

. . . . . . . . .
. . . . . . . . .
. . . . . . . . .
. . . . . . . . .

Créateur tout-puissant, principe de tout être!
Toi pour qui le possible existe avant de naître!
Roi de l'immensité!
Tu pouvais cependant, au gré de ton envie,
Puiser pour tes enfants le bonheur et la vie
Dans ton éternité!

Sans t'épuiser jamais, sur toute la nature
Tu pouvais à longs flots répandre sans mesure
Un bonheur absolu.
L'espace, le pouvoir, le temps, rien ne te coûte.
Ah! ma raison frémit: tu le pouvais, sans doute;
Tu ne l'as pas voulu.

Quel crime avons-nous fait pour mériter de naître?
L'insensible néant t'a-t-il demandé l'être.
Ou l'a-t-il accepté?
Sommes-nous, ô hasard! l'œuvre de tes caprices?
Ou plutôt, Dieu cruel, fallait-il nos supplices
Pour ta félicité?

Montez donc vers le ciel, montez, encens qu'il aime,
Soupirs, gémissements, larmes, sanglots, blasphème,
Plaisirs, concerts divins!
Cris du sang, voix des morts, plaintes inextinguibles.
Montez! allez frapper les voûtes insensibles
Du palais des destins.