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«Insectes bourdonnants, assembleurs de nuages,
Vous prendrez-vous toujours au piége des images?
Me croyez-vous semblable aux dieux de vos tribus?
J'apparais à l'esprit, mais par mes attributs!
C'est dans l'entendement, que vous me verrez luire,
Tout œil me rétrécit qui croit me reproduire.
Ne mesurez jamais votre espace et le mien,
Si je n'étais pas tout je ne serais plus rien!

«Non ce second chaos qu'un panthéiste adore
Où dans l'immensité Dieu même s'évapore,
D'éléments confondus pêle-mêle brutal
Où le bien n'est plus bien, où le mal n'est plus mal;
Mais ce tout, centre-Dieu de l'âme universelle,
Subsistant dans son œuvre et subsistant sans elle:
Beauté, puissance, amour, intelligence et loi,
Et n'enfantant de lui que pour jouir de soi!...

«Voilà la seule forme où je puis t'apparaître!
Je ne suis pas un être, ô mon fils! Je suis l'Être!
Plonge dans ma hauteur et dans ma profondeur,
Et conclus ma sagesse en pensant ma grandeur!
Tu creuseras en vain le ciel, la mer, la terre,
Pour m'y trouver un nom; je n'en ai qu'un... Mystère.
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«—Ô Mystère! lui dis-je, eh bien! sois donc ma foi...
Mystère, ô saint rapport du Créateur à moi!
Plus tes gouffres sont noirs, moins ils me sont funèbres;
J'en relève mon front ébloui de ténèbres!
Quand l'astre à l'horizon retire sa splendeur,
L'immensité de l'ombre atteste sa grandeur!
À cette obscurité notre foi se mesure,
Plus l'objet est divin, plus l'image est obscure.
Je renonce à chercher des yeux, des mains, des bras,
Et je dis: C'est bien toi, car je ne te vois pas!
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XI

Ainsi, dans son silence et dans sa solitude,
Le désert me parlait mieux que la multitude.
Ô désert! ô grand vide où l'écho vient du ciel!
Parle à l'esprit humain, cet immense Israël!
Et moi puissé-je, au bout de l'uniforme plaine
Où j'ai suivi longtemps la caravane humaine,
Sans trouver dans le sable élevé sur ses pas
Celui qui l'enveloppe et qu'elle ne voit pas,
Puissé-je, avant le soir, las des Babels du doute,
Laisser mes compagnons serpenter dans leur route,
M'asseoir au puits de Job, le front dans mes deux mains,
Fermer enfin l'oreille à tous verbes humains,
Dans ce morne désert converser face à face
Avec l'éternité, la puissance et l'espace:
Trois prophètes muets, silences pleins de foi,
Qui ne sont pas tes noms, Seigneur! mais qui sont toi,
Évidences d'esprit qui parlent sans paroles,
Qui ne te taillent pas dans le bloc des idoles,
Mais qui font luire, au fond de nos obscurités,
Ta substance elle-même en trois vives clartés.
Père et mère à toi seul, et seul né sans ancêtre,
D'où sort sans t'épuiser la mer sans fond de l'Être,
Et dans qui rentre en toi jamais moins, toujours plus,
L'Être au flux éternel, à l'éternel reflux!
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Et puissé-je, semblable à l'homme plein d'audace
Qui parla devant toi, mais à qui tu fis grâce,
De ton ombre couvert comme de mon linceul,
Mourir seul au désert dans la foi du Grand Seul!

XXVIII

Maintenant, oublions ces faibles vers, et lisons Job; et voyons par quel admirable circuit d'une pensée qui fait le tour du monde intellectuel le grand poëte et le grand philosophe passe de la foi au doute, du doute au blasphème, du blasphème à la certitude, et du désespoir d'esprit à cette résignation raisonnée, à ce consentement de l'homme à Dieu, seule sagesse des vrais sages, seule vérité du cœur comme elle est la seule vérité de l'esprit.