«Que l'amour soit en vous la semence de toute vertu.»
La plus belle des œuvres d'Ozanam, la société fondée pour l'assistance des misères du peuple, sous les auspices du saint de la charité moderne, Vincent de Paul, ne fut-elle pas une œuvre d'amour impartial qu'on s'efforcerait vainement de méconnaître ou de rétrécir aujourd'hui?
Toujours attaché à la grande figure symbolique du Dante, Ozanam méditait, dans ses derniers jours, une histoire complète de la littérature, depuis le cinquième siècle jusqu'au treizième. On ne peut lire sans attendrissement le prologue inachevé de son œuvre.
«Nous sommes tous des serviteurs inutiles,» écrit-il en sentant déjà défaillir sa vie, «mais nous servons un maître souverainement économe et qui ne laisse rien perdre, pas plus une goutte de nos sueurs qu'une goutte de ses rosées. Je ne sais quel sort attend ce livre, ni s'il s'achèvera, ni si j'atteindrai la fin de cette page qui fuit sous ma plume; mais j'en sais assez pour y mettre le reste, quel qu'il soit, de mon ardeur et de mes jours. Je le commence dans une heure solennelle. Le vendredi saint du grand jubilé de 1300, Dante, arrivé, comme il le dit, au milieu du chemin de sa vie, désabusé de ses passions et de ses erreurs, commença son pèlerinage en enfer, en purgatoire et en paradis. Au seuil de la carrière, le cœur un moment lui manqua; mais trois femmes bénies veillaient sur lui dans la cour du ciel. Virgile conduisait ses pas, et, sur la foi de ce guide, il s'enfonça courageusement dans ce chemin ténébreux. Comme lui je veux faire le pèlerinage des trois mondes.... Mais, tandis que Virgile abandonne son disciple avant la fin de sa course, Dante, lui, m'accompagnera jusqu'aux dernières hauteurs du moyen âge, où il a marqué sa place, et celle qui est pour moi Béatrice m'a été laissée sur cette terre pour me soutenir d'un sourire et d'un regard, pour m'arracher à nos découragements, et pour me montrer sous sa plus touchante image la puissance de l'amour chrétien dont je vais raconter les œuvres...»
XXX
Bientôt après, chassé par la langueur croissante de la maladie de place en place pour retremper sa vie dans un rayon de soleil, Ozanam écrivait de Pise cette page en marbre, ces lignes du 23 avril 1853, véritable psaume d'agonie chanté sur les tombes du Campo santo.
«J'ai dit au milieu de mes jours: J'irai aux portes de la mort.
«Ma vie est repliée derrière moi comme la tente des pasteurs.
«Le fil qui s'ourdissait encore est coupé comme sous le ciseau du tisserand. Entre le matin et le soir vous m'avez conduit à ma fin.
«Mes yeux se sont fatigués à force de s'élever au ciel.