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À ce triste discours, qu'un long soupir achève,
La Mollesse en pleurant sur un bras se relève,
Ouvre un œil languissant, et d'une faible voix
Laisse tomber ces mots, qu'elle interrompt vingt fois.

Elle regrette le temps

Où les rois s'honoraient du nom de fainéants.

On reposait la nuit, on dormait tout le jour.
Seulement, au printemps, quand Flore dans les plaines
Faisait taire des vents les bruyantes haleines,
Quatre bœufs attelés d'un pas tranquille et lent
Promenaient dans Paris le monarque indolent.

Puis enfin ces quatre vers aussi assoupis que le Sommeil lui-même:

Ô nuit, ne permets pas!... La Mollesse oppressée
Dans sa bouche à ce mot sent sa langue glacée,
Et, lasse de parler, succombant sous l'effort,
Soupire, étend les bras, ferme l'œil et s'endort.

Aucune langue, même la plus naturellement harmonieuse, n'est arrivée par la perfection du travail de ses plus habiles ouvriers (les poëtes) à produire de pareils effets de musique et d'images. Il faut plaindre ceux qui méprisent un tel artiste de n'avoir ni des yeux ni des oreilles capables de comprendre ce grand art de faire rendre à des syllabes tout ce que la nature fait éprouver de plus inexprimable aux sens, même le silence et l'assoupissement des sensations!

Le poëme tout entier est semé de perles de style semblables et sans nombre, mais malheureusement attachées à une trop mince étoffe. Si Boileau avait écrit avec cette perfection sur un sujet sérieux, religieux ou héroïque, il aurait fait une œuvre immortelle au lieu d'une fugitive plaisanterie; au lieu du sourire, il aurait arraché l'émotion au cœur humain. Mais c'était une de ces inspirations qui descendent et qui ne montent pas: le sourire vient de l'esprit, l'émotion vient de l'âme. Nous l'avons dit et nous le répétons: ce n'était que l'homme d'esprit français par excellence. La nature lui avait refusé la source des larmes.

XXIII