P. S. Après ces deux entretiens, purement épisodiques, nous allons reprendre l'examen critique et philosophique du Dante.
XXe ENTRETIEN.
8e de la deuxième Année.
DEUXIÈME PARTIE.
DANTE.
I
Lisons maintenant ensemble la Divine Comédie dans l'ordre où Dante écrivit ce poëme: l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis.
Si nous voulions le lire en vers, nous n'aurions que le choix entre les traductions de M. Antony Deschamps, esprit dantesque de notre âge; celle de M. Mongis, étude épique devant laquelle aucune obscurité n'a pu subsister dans le texte, et celle de M. Ratisbonne, achevée en ce moment. Si nous voulions le lire en prose, nous ouvririons la traduction à peine éditée de M. Ménard, dont la renommée se répand tout à coup dans la littérature savante.
Mais, d'abord, est-ce bien là un poëme épique? Examinons:
Qu'est-ce qu'un poëme épique? C'est un récit chanté.
Un récit suppose un fait. Où est le fait dans le poëme de Dante? Il n'y a là d'autre fait que le songe d'un homme éveillé, qui est enlevé au monde réel par sa vision et qui se transporte imaginairement dans les mondes surnaturels: voyage à travers l'infini.