C'est un coup de pinceau satanique enfoncé à travers le cœur par la griffe des démons. Je l'ai traduit, non pour ses hideux détails de supplice, mais pour quelques cris profondément humains que la torture arrache aux victimes. La poésie n'a jamais hurlé de tels cris.
Qu'on ne s'étonne pas de la crudité du style: c'est celui du siècle de Dante. Traduire, ce n'est pas mentir; il faut calquer, non-seulement l'image, mais le dégoût sur le dégoût.
IX
«Nous avions déjà quitté l'ombre de ce traître qui ouvrit aux ennemis les portes de Faënza pendant le sommeil de la ville, quand je vis au bord d'une fosse creusée dans l'étang de glace deux ombres. La tête de l'une semblait servir de coiffure à la tête de l'autre.
«Et de même qu'on mange le pain quand on a faim, de même celui qui était au-dessus mordait avec les dents la tête de celui qui était au-dessous, à l'endroit où la cervelle s'unit à la nuque.
«Ô toi qui montres un si bestial instinct de haine contre celui que tu manges ainsi, dis-moi pourquoi?» lui criai-je; et alors:
«Si tu as raison de te plaindre de lui, quand je saurai qui vous êtes l'un et l'autre et quelle est sa faute, je parlerai de vous dans le monde d'en haut, si toutefois cette langue avec laquelle je vous parle ne se dessèche pas d'horreur.»
«Le pécheur releva sa bouche de sa féroce pâture, et, l'essuyant aux cheveux de la tête qu'il avait rongée par derrière, il commença ainsi:
«Tu veux que je renouvelle la douleur désespérée qui me tenaille le cœur, rien qu'en pensant d'avance à ce que je vais te raconter.
«Mais, si mes paroles doivent être une semence qui fructifie à la honte du traître que je ronge, tu me verras parler et pleurer à la fois.