Le poëte profite de cette suspension du drame pour peindre, en vers techniques qui ont toute la poésie de la mer et du navire, les manœuvres d'une barque qui jette l'ancre dans une rade.
«Aussitôt que les compagnons d'Ulysse ont franchi l'entrée de la rade de Chrysa, ils carguent et plient les voiles, ils les roulent sous le pont du navire, ils relâchent les câbles pour abattre le mât, et avec les seules rames ils approchent de la plage. Alors ils jettent l'ancre, attachent avec des cordages la poupe à la rive, et se disséminent sur les bords de la mer, etc.»
Le prêtre de Chrysa, à qui Ulysse vient de ramener sa fille Chryséis, invoque Apollon pour Agamemnon. On immole des victimes, on prépare un banquet. Homère, en véritable poëte, ne se contente pas de raconter; il décrit tous ces apprêts et présente à l'imagination tous ces détails pittoresques du sacrifice, du feu, du repas, détails qui sont la vie des tableaux; puis, quand les matelots se rembarquent avec Ulysse, il peint cette autre scène de mer des mêmes couleurs que la scène du débarquement.
«Quand le soleil a terminé sa course et que les ombres commencent à se répandre sur la terre, les Grecs vont se délasser de leur journée dans leur navire. Le lendemain, dès que l'Aurore aux doigts roses, fille du Matin, a lui dans le firmament, un vent propice et durable souffle sur la mer; ils redressent le mât, ils déploient les voiles blanchissantes qu'enfle l'haleine des vents; la vague bleuâtre résonne sur les flancs du navire qui fend en voguant la plaine liquide.»
V
Ici le poëte, qui voit, avec autant de raison que de poésie, toutes les actions des hommes gouvernées invisiblement par les puissances supérieures nommées divinités, transporte, sans transition, la scène et la pensée de la terre au ciel. Thétis, agenouillée devant Jupiter, implore le roi des dieux pour son fils Achille. Jupiter, qui craint de mécontenter son épouse, la fière Junon, protectrice des Troyens, promet à Thétis d'écouter ses prières, pourvu que Junon ignore son intercession. Il se contente de lui faire un signe de tête muet, serment des dieux. «Il fronce ses noirs sourcils; sa chevelure divine ondoie sur sa tête immortelle, et tout le vaste Olympe en est secoué.»
Mais Junon s'aperçoit que son époux a promis quelque chose à Thétis aux pieds d'argent, personnification de la mer aux plaines blanchies d'écume. Jupiter, qui évite l'explication par une indignation feinte, gourmande son épouse Junon et la renvoie s'asseoir en silence. Vulcain, fils de Junon, conseille à sa mère la soumission; il lui représente le danger d'irriter le maître des dieux, qui, dans un mouvement d'impatience, le précipita lui-même par le pied du ciel dans l'île de Lemnos. Puis, il verse à tous les dieux réconciliés et souriants le nectar, breuvage des immortels. «Un rire inextinguible dérida tous les dieux et toutes les déesses en voyant le ridicule Vulcain, époux de Vénus, s'empresser, en boitant, autour des tables, dans le palais de l'Olympe. Apollon, le dieu de l'intelligence sous toutes ses formes, et les muses, inspirations incarnées, complètent la fête par les chants et par la musique. Jupiter feint de s'endormir sur sa couche, dans les bras de Junon.»
VI
Le second chant s'ouvre par un songe, messager trompeur que Jupiter envoie à Agamemnon. Le songe obéit; il présage à Agamemnon la chute d'Ilion pour ce jour-là. Agamemnon se confie à ce présage. «Il se lève de sa couche, il revêt une riche et moelleuse tunique, nouvellement tissée, il s'enveloppe d'un ample manteau, il attache à ses pieds de riches sandales, il suspend à ses épaules un glaive étincelant d'argent, il prend dans sa main le sceptre de ses pères et s'avance vers les navires des Grecs.» Il monte dans le vaisseau du vieux Nestor, roi de Pylos.
Il lui raconte le songe de sa nuit. Nestor convoque les confédérés.