XVI

Voilà le pauvre artiste étranger seul devant le lit vide de sa mère, dans une chambre haute et sombre d'une hôtellerie à Paris; et, pour comble de contraste entre son cœur et son art, tout en pleurant il faut chanter.

La lettre qui suit la sépulture fait frissonner. Le jour est pris pour un concert d'où dépend son pain et le pain de son père, et le payement des funérailles de sa mère; concert où l'on doit exécuter une de ses compositions et où il doit diriger lui-même l'orchestre! Écoutez le récit fait le lendemain à son père. «Je priai Dieu d'y suffire, et voilà! La symphonie commence; Raff était à côté de moi, et dès le milieu du premier allegro il y avait un passage que je savais devoir plaire. Tous les auditeurs furent ravis, et il y eut un immense applaudissement; mais comme je savais en l'écrivant quel effet produirait ce passage, je l'avais fait reparaître à la fin, puis répéter encore; les mains partirent, et les bravos s'unirent au chœur des instruments. Aussitôt après la fin j'allai dans ma triste joie au jardin du Palais-Royal. Je dis le chapelet, comme je l'avais promis à l'âme de ma mère, et je rentrai dans sa chambre vide!...»

Arrêtons-nous là, et, après avoir raconté le musicien, écoutons la musique.

Lamartine.

(La fin au mois prochain.)

COURS FAMILIER
DE
LITTÉRATURE

XXXe ENTRETIEN.

LA MUSIQUE DE MOZART.

(2e PARTIE.)