Lamartine.
COURS FAMILIER
DE
LITTÉRATURE
XXXVe ENTRETIEN.
À MESSIEURS LES ABONNÉS AU COURS FAMILIER DE LITTÉRATURE ET À TOUS MES LECTEURS.
Nota. Les bruits qui ont été répandus sur l'abandon de mes biens à mes créanciers, sur ma retraite en pays étranger et sur la cessation de ce travail périodique en France, me forcent à publier dès aujourd'hui cette explication, qui ne devait paraître que le mois prochain.
EXPLICATION FRANCHE.
L'Entretien de décembre, qui paraîtra le 29 novembre, clora la troisième année; il forme le complément du sixième volume de ce Cours familier de Littérature. L'Entretien du 1er janvier prochain, sur la peinture, considérée comme littérature des yeux, et sur le peintre Léopold Robert, ce Werther du pinceau, commencera la quatrième année.
C'est le moment de répondre aux bruits plus ou moins sincères, plus ou moins malveillants, qu'on a fait courir sur la cessation probable de cette publication. Ces bruits n'ont pas le moindre fondement; jamais ce travail ne fut plus cher à mon esprit, et, j'ajoute, plus nécessaire à mon existence. Mon seul patrimoine au soleil aujourd'hui, c'est ma plume. Me l'enlever, ce serait m'enlever l'outil de mon honneur, l'instrument de ma libération.
Ces rumeurs sont nées à l'occasion de la souscription nationale qui porte mon nom. Des amis (jamais assez remerciés), qui présumaient trop bien de moi et du public, avaient cru pouvoir tenter, avec mon plein consentement, cet appel à l'intérêt de la nation, appel glorieux quand il est entendu, pénible quand il trouve les contemporains sourds. Ces amis espéraient libérer ainsi, pour l'âge où l'on doit liquider sa vie comme sa fortune, mon patrimoine obéré par des causes tout à fait étrangères à celles que la malveillance ou l'ignorance supposent. Il faut m'expliquer complétement à cet égard avec ces correspondants littéraires les plus affectionnés et les plus constants de mes lecteurs: ce sont mes abonnés à ces Entretiens. Je leur dois vérité, car je leur dois confiance. Cette vérité la voici.
Plusieurs causes, que je ne puis pas toutes énumérer ici, ont concouru à aliéner de moi le cœur de ma patrie au moment où j'aurais eu besoin d'un mouvement soudain et sympathique de ce cœur.