Voltaire lui-même, ravi d'admiration pour cette ode amoureuse, a tenté de la traduire et a échoué; il faut une âme tendre pour manier une langue pétrie de larmes et de soupirs. Un poëte plus mélancolique et plus fervent à ce culte de l'amour immatériel, M. Boulay-Paty, a consacré sa jeunesse à calquer vers sur vers ces sonnets et ces odes. Grâce à ce disciple, digne adorateur de ce maître, ce dithyrambe de l'amour et du souvenir sera bientôt rajeuni dans la langue d'André Chénier.
XXIV
Pendant que Pétrarque soupirait ainsi pour la dernière fois un amour sans espérance à Vaucluse, un autre amour, celui de la patrie italienne, s'éveillait comme un remords dans son cœur. «Je commence à vieillir, disait-il au cardinal Étienne Colonna, son patron et son ami; tout change avec le temps; mes cheveux mêmes changent de couleur, ils m'avertissent que je dois changer moi-même de vie et de pensées; l'amour ne sied plus à mes années, ou je dois le refouler dans mon cœur.»
Il se prépara à partir pour Parme et pour Rome. Laure ne put déguiser complètement sa douleur en apprenant la nouvelle de cette longue et peut-être éternelle absence. Le cinquante-septième sonnet laisse entrevoir l'orgueilleuse tristesse de son amant, en voyant sur les traits de Laure ces signes involontaires d'affection.
Quel vago impallidir, etc.
«Cette touchante pâleur qui recouvrit tout à coup son sourire interrompu sur ses lèvres d'une amoureuse nuée... Cette pensée compatissante que l'œil d'un autre ne put discerner, mais qui ne put à moi m'échapper, etc.»
À peine parti, il se repentait déjà du départ, et il écrivait la plus langoureuse et la plus sublime de ses élégies, où son cœur se retourne sur lui-même sans pouvoir trouver le repos.
Di pensier in pensier, di monte in monte, etc.
«De pensée en pensée, de colline en colline, l'amour me conduit loin de tous les sentiers frayés sans que je puisse y trouver la paix de l'âme, etc.»
Aussi revint-il encore sur ses pas, cette fois comme rappelé par un attrait supérieur à sa volonté. On lit avec délices, dans ses lettres latines de cette date, la description de quelques rares et courtes journées passées solitairement dans sa maisonnette de Vaucluse comme pour faire ses derniers adieux à ce séjour d'amour et de paix.