«Combien ne suis-je pas enivré de reconnaissance de ce que tu daignes rasséréner mes tristes jours par ta céleste apparition!
«Vois comme, dans ces mêmes sites où je passai tant d'années à te célébrer de mes chants, je passe maintenant mes jours à te pleurer, à pleurer sur toi! non, mais à pleurer sur mon propre deuil!
«Un seul soulagement se trouve cependant à mes peines: c'est qu'au moment où tu te tournes d'en haut vers moi, je te reconnais et je t'entends à la démarche, à la voix, au visage, aux vêtements que tu portais sur la terre!»
Il associe, dans un autre sonnet, la nature entière à ses sentiments.
«Elle est partie pour le séjour de la félicité, et mes yeux la cherchent en vain dans ces lieux où elle naquit, dans cet air que je remplis de mes soupirs; mais il n'y a ni rocher, ni précipice dans ces montagnes, ni rameau, ni feuillage vert sur ces rives, ni fleuve dans ces vallées, ni brin d'herbe, ni goutte d'eau, ni veine distillant de ces sources, ni bête sauvage de ces forêts qui ne sachent combien je souffre pour elle!»
Et celui ci:
«Quand je revois l'aurore descendre du firmament avec son visage de roses et sa chevelure dorée, l'amour m'assaille au cœur et ma joue se décolore, et je me dis dans mes soupirs: Là est Laure maintenant!»
XXX
Encore un et je finis, mais je ne finis que pour finir; car je voudrais lire, et relire sans fin avec vous de telles tristesses; et si vous pouviez les lire dans ces vers trempés de larmes, et dans cette langue divine inventée au déclin des langues par des amoureux et par des saints pour prier, aimer, désirer, attendre, vous ne vous arrêteriez qu'après les avoir incorporés en vous par votre mémoire.
Levommi il mio pensier, etc.