Écoutez en vile et sourde prose ce Sursum corda d'un amant vers l'image et vers le séjour de l'éternelle beauté; car, nous le répétons, Laure ne fut pour Pétrarque que l'incarnation adorée du beau ici-bas, ou plutôt elle est remontée là-haut, et c'est là-haut qu'elle resplendit.

«Là nous la reverrons encore; là elle nous attend, et là elle se lamente peut-être de ce que nous tardons tant à la rejoindre.»

Et plus loin, trois ans après sa mort:

«Dans l'âge de sa beauté et de sa floraison, de ce printemps où l'amour a en nous plus de force, laissant sur la terre sa terrestre écorce, ma Laure, par qui je vivais, s'est départie de moi!

«Et vivante et belle, et sans voile elle a fait son ascension vers le ciel; de là elle règne sur moi, et elle régit toutes mes pensées.

«Oh! pourquoi ne me dépouille-t-il pas plus vite de ce corps mortel, ce dernier jour qui est le premier d'une autre vie?

«Afin que, semblable à toutes mes pensées qui volent sur ses traces derrière elle, ainsi mon âme affranchie de son poids, libre et joyeuse, la suive, et que je sorte enfin de l'angoisse où je vis.

«C'est pour mon malheur que se lève chaque jour qui retarde ce moment. La pensée me souleva dans cette partie du ciel où vit celle que je cherche et que je ne retrouve plus sur la terre.

«Là, parmi les âmes qu'enserre le troisième cercle du firmament je la revis plus belle encore et moins sévère.

«Elle me prit par la main et elle me dit: «Dans cette sphère céleste tu seras encore avec moi, si mon espoir ne me trompe pas.