«De ces vers dans lesquels je pleure ou je médite tour à tour parmi les vaines espérances et les vains regrets, j'espère qu'on m'accordera, sinon mon pardon, du moins pitié.

«Mais je vois bien maintenant comment je fus pendant longtemps la fable et la rumeur du monde entier.

«De moi-même, avec moi-même, j'ai honte et je rougis.

«Cette juste honte est le fruit mérité de mes vaines erreurs.

«Et le repentir est la tardive et claire connaissance que ce qui plaît uniquement à ce monde n'est que le songe d'un moment!»

Ne soyons donc, en lisant ces vers, ni plus sévères ni plus indulgents que Pétrarque lui-même, déplorant dans sa vertu, non le crime, mais la fragilité de son amour. Pétrarque s'accusait même de cette fragilité dans ce sonnet. Ce culte poétique pour la beauté ne souillait pas plus la femme vertueuse qui en était l'objet, qu'un chevalier ne souillait sa dame en en portant les couleurs et en lui consacrant ses exploits.

VI

L'histoire de Laure a été écrite avec l'orgueil de la parenté par l'abbé de Sades, descendant de cette femme angélique; par un hasard de la destinée, ma famille maternelle remonte également à cette source. L'arbre chronologique de cette famille ne laisse à cet égard aucun doute. Ma mère avait du sang de Laure dans les veines comme elle en avait le charme et la piété. Je ne m'en glorifie pas, car il n'y a point de gloire dans le hasard; mais je m'en suis toujours félicité, car la poésie et la beauté ont été toujours à mes yeux les vraies noblesses des femmes.

La rencontre qui décida de la vie et de l'immortalité du jeune poëte est racontée par lui dans toutes ses circonstances d'année, de lieu, de jour et d'heure, comme un événement de l'histoire du monde. Il retrace même les dispositions indifférentes de cœur où l'amour l'avait laissé jusque-là. «Moi qui étais plus sauvage que les cerfs des forêts,» écrit-il; et ailleurs: «Les traits qui m'avaient été lancés jusqu'alors n'avaient fait qu'effleurer mon cœur, quand l'amour appela à son aide une dame toute-puissante contre laquelle ni le génie, ni la force, ni les supplications ne purent jamais rien.»

C'est dans ces dispositions de l'indifférence que le lundi de la semaine sainte, 6 avril 1327, à six heures du matin, dans l'église des religieuses de Sainte-Claire, où Pétrarque était allé faire ses prières, ses regards furent éblouis par une dame de la plus tendre jeunesse et d'une incomparable beauté. Elle était vêtue d'une robe de soie verte parsemée de violettes. Ce costume, dans lequel elle resta pour jamais dans sa mémoire, ainsi que tous les traits de son visage et tous les détails de sa figure, recomposent çà et là le portrait de cette personne dans les odes et dans les sonnets de son poëte. Recomposons-le d'après lui vers à vers: