«Et ma vie chancelle en moi!... Mais toi, Jéhovah, jusqu'à quand?...»

Y a-t-il dans la gamme des douleurs humaines un cri plus capable de tout peindre sans l'exprimer et de faire violence par le silence même à la compassion de Dieu que ce: Jusqu'à quand?... suivi sans doute dans le chant d'un front abattu du poëte sur sa harpe et d'un long silence de son instrument?

VII

Après ce silence, l'espoir revient au malade: «Oh! reviens à mon aide, reprend le poëte; reviens, Jéhovah! Délivre mon âme! assiste-moi, non à cause de moi, mais à cause de ta compassion divine!»

Puis, comme s'il se repentait de s'être trop effacé lui-même, comme s'il voulait prendre Jéhovah par sa gloire et le cointéresser à la délivrance de Saül par le souvenir reconnaissant que les vivants seuls gardent de ses bienfaits:

«Car, s'écrie-t-il, la mort n'a point de mémoire, et dans la caverne (dans le sépulcre) qui est-ce qui chantera ton nom?»

Puis le mal se fait de nouveau sentir, et l'élégie reprend:

«Je me suis fatigué de gémir; toutes les nuits je mouille de mes larmes ma couche! j'en arrose l'oreiller de ma tête!

«Mon visage s'amaigrit de mes angoisses; la multitude de mes douleurs vieillit avant le temps ma face.»

Ici on ne sait quel esprit soudain de jubilation et d'innocence saisit tout à coup le poëte et le malade. L'élégie se transfigure en hymne, la harpe change de mode; l'infirme, qui se sent apparemment soulagé, lance en trois strophes sa reconnaissance à Dieu, la menace et l'insulte aux ennemis de celui qui l'a guéri.