XII

Mais les vicissitudes de l'âme du poëte suivent les vicissitudes de la destinée humaine. Le voilà, dans sa vieillesse, proscrit de son palais par ses fils ingrats, errant dans son royaume sans y trouver une pierre stable pour reposer sa tête. Écoutez-le:

«Jéhovah! Jéhovah! mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné?

«Pourquoi si loin de ton oreille aujourd'hui mes cris qui appellent ton secours, et mes cris vers toi?

«Mon Dieu! je rugis de douleur le jour et tu ne réponds pas! La nuit je ne trouve ni repos de corps ni repos d'esprit!

«Je suis un vermisseau écrasé, et non un homme! Tous ceux qui me voient passer desserrent les lèvres pour rire de moi et secouent la tête avec dérision!

«Plains-toi à Jéhovah et il te relèvera,» ajoute-t-il avec le désordre d'une pensée qui succède à l'autre sans attendre qu'elle soit achevée dans l'esprit. Il se rassure par la mémoire de ce que son Dieu a fait jadis pour lui:

«Tu m'as tiré du ventre de ma mère; sur le sein de ma mère tu m'as bercé, endormi!

«Je tombai sur ton sein en sortant du sein de ma mère; dès ma sortie du ventre de ma mère, c'est toi qui fus mon Dieu!

«Ne t'éloigne pas de moi tout à fait, car l'angoisse approche!