«Des multitudes de taureaux m'environnent; les taureaux de Basan m'ont assailli!»
Il s'apitoie sur lui-même:
«Je m'écoule comme l'eau; tous mes os se disloquent; mon cœur s'est fondu comme la cire. Ma vigueur s'est desséchée comme l'argile; ma langue s'est collée à mon palais; tu m'as réduit à une pincée de poussière trouvée dans le sépulcre!
«Je compte mes os. Eux, les chiens, me regardent et assouvissent de mon squelette leurs regards!
«Ils se partagent mes habits entre eux et sur mon manteau ils jettent le de du sort!
«Hâte-toi, mon Dieu! hâte-toi!...»
Puis, comme s'il était déjà secouru:
«Je dirai ton nom à mes frères; au milieu de l'assemblée du peuple je chanterai ton nom!»
On chercherait en vain dans toute la poésie antique ou moderne de telles prostrations de l'âme exprimées par de telles figures de style et de tels redressements de l'espérance rendus par de tels enthousiasmes de la piété. Le verset bondit de la terre au ciel, du ciel à la terre, comme le cœur du poëte ou comme les taureaux de Basan. On s'étonne que les cordes de la harpe ne se soient pas brisées sous de si fortes touches. Si le cœur humain était devenu harpe, c'est ainsi qu'il aurait résonné!