Christ est ressuscité!
Paix sur la terre! etc.

La main de Faust s'abaisse; la coupe lui échappe. Les cloches de la cathédrale résonnent et se mêlent à l'angélique mélodie du jour de Pâques dans le ciel et sur la terre.

L'homme endurci s'amollit à ses joies religieuses d'enfance. «Cantiques célestes, s'écrie-t-il, puissants et doux! pourquoi me cherchez-vous dans la poussière? Résonnez aux oreilles de ceux que vous pouvez consoler. J'entends bien le message que vous m'apportez, mais la foi me manque pour y croire! Le miracle n'existe que pour la foi. Je ne puis m'élever vers ces sphères d'où la bonne nouvelle retentit; et cependant, accoutumé d'enfance à cette voix, elle me rappelle à la vie. Autrefois un baiser du divin amour descendait sur moi dans ce recueillement solennel du dimanche; le bruit des cloches remplissait mon âme de pressentiments, et ma prière était une voluptueuse extase; une ardeur sereine, ineffable, me poussait à travers les bois et les champs, et là, seul, je fondais en larmes, et je sentais comme éclore en moi tout un monde. Ce souvenir vivifie mon cœur rajeuni et me détourne de la mort! Ô chantez! sonnez, chantez encore, anges et cloches! Une larme a coulé, la terre m'a reconquis!»

Les chants et les cloches recommencent à se faire entendre:

Christ est ressuscité!...
Etc., etc., etc.

XXIII

Ici le lieu de la scène est changé; la nuit s'est écoulée.

C'est l'heure où le peuple, vieillards, ouvriers, femmes, soldats, jeunes filles, sortent en foule de la porte de la ville pour se répandre en repos, en liberté et en joie, dans la campagne. Les entretiens entrecoupés de tous ces groupes qui passent sont une parfaite imitation des mœurs du peuple; c'est le chœur dans les tragédies antiques. Ces conversations tiennent au sujet, comme on le verra plus tard, par le tableau de la candeur des jeunes filles de la bourgeoisie qui tremblent d'être séduites ou compromises aux yeux de la petite ville si elles se laissent approcher par la mauvaise compagnie. On pressent les périls, les malheurs et la honte de Marguerite, sans doute confondue dans ces groupes timides et charmants. Ce tableau repose les yeux par le contraste de la douce ignorance du peuple, qui ne souffre que du travail, avec les philosophes, qui souffrent de la pensée.

XXIV

Faust paraît à son tour; il se promène avec son disciple Wagner; son cœur se dilate à l'aspect de cet essaim d'heureux peuple au premier sourire du printemps.