«Regarde,» dit-il à Wagner dans des vers semblables à des odes d'Horace ou d'Hafiz; «voilà le fleuve et le ruisseau délivrés de leur couche de glace, etc. Tourne maintenant, du haut de ces sommets, les regards vers la ville; hors de la sombre porte, toute une foule variée se penche; chacun veut s'ensoleiller aujourd'hui. Ils fêtent la résurrection du Seigneur, et eux-mêmes semblent des ressuscités du fond de leurs demeures, de leurs chambres étroites, de leurs servitudes de négoce ou de métiers, de leurs bouges infects, de leurs rues fangeuses, de la nuit livide, de leurs cathédrales. Regarde un peu comme dans les jardins et les prés cette foule s'extravase, comme la rivière balance mainte barque joyeuse! J'entends déjà la musique des ménétriers dans les villages; c'est le paradis du peuple.»

XXV

Des paysans chantent une ronde joviale et amoureuse. Ils proposent respectueusement à Faust de trinquer avec eux; les services que Faust a rendus à ce peuple pendant une épidémie récente le font acclamer, de groupe en groupe, par le peuple reconnaissant.

«Quelle joie ce doit être pour toi, ô grand homme! lui dit son disciple, de te voir ainsi honoré par cette multitude! Bienheureux celui qui peut faire un si puissant et si salutaire emploi de ses facultés! Le père le montre à son enfant; on s'informe, on s'attroupe, on s'empresse; la musique s'interrompt, la danse s'arrête. Tu passes; ils se rangent en haie, les bonnets volent en l'air. Peu s'en faut qu'ils ne s'agenouillent comme devant l'image de la Divinité!»

Faust déprécie éloquemment ces hommages et se dénigre lui-même. «Regarde plutôt décliner le soleil couchant, le jour expiré!... «Oh! que n'ai-je des ailes pour m'enlever dans les airs et tendre incessamment vers lui? Je verrais dans un éternel crépuscule ce globe dont je n'entendrais pas le bruit à mes pieds.»

Voici la poésie de l'infini devenue mélancolie lyrique; elle dicte à Faust des vers dignes d'être répétés par l'écho des firmaments. Nous souffrons de ne pas les reproduire à votre oreille; mais ces entretiens seraient un volume si je n'abrégeais pas la partie extatique de ce prodigieux poëme pour laisser au drame pathétique l'espace qui lui appartient. Plaignez-moi d'abréger et plaignez-vous vous-mêmes de ne pas tout entendre.

XXVI

L'entretien de Faust et de Wagner est interrompu par un chien barbet, en apparence égaré, qui circule autour d'eux et qui finit par les flatter en rampant à leurs pieds. Wagner s'étonne; Faust soupçonne à demi un esprit déguisé sous la forme caressante de ce charmant animal. Il entre, suivi de Wagner et du chien, par la porte sombre de la ville.

XXVII

La scène change de place; on est de nouveau dans le cabinet d'étude de Faust. Il y est seul avec le mystérieux animal, le chien barbet.