Ces plaisanteries entre le poëte et l'empereur rappellent tout à fait celles des Médicis avec les grands poëtes ou les grands artistes de leur temps. Louis XIV élevait quelquefois Racine, Molière et Boileau à sa présence, mais jamais à sa familiarité; il avait la grandeur d'Auguste, il n'avait pas son esprit; il laissait toujours la majesté du trône entre le génie et lui; il semblait craindre que, s'il descendait de sa hauteur, on s'aperçût que le niveau était changé entre ces grands hommes et lui.
Auguste fut plus charmé dans ce volume par les épîtres que par les odes. Il aimait le naturel de préférence au sublime. «Sachez, écrivit-il à l'auteur, que je suis blessé de ce qu'aucune de ces épîtres ne me soit adressée. Avez-vous peur que la postérité ne sache que vous étiez mon ami?»
Horace ne tarda pas à adresser à l'empereur une épître du sein de ses pénates d'Ustica. On y admire cette fable du Cheval, du Cerf et de l'Homme, également, mais très-inférieurement versifiée par La Fontaine, et ce vers sublime de sens et de force:
Serviet æternum qui parvo nesciet uti;
Il sera éternellement esclave celui qui n'a pas su vivre de peu.
Les offres d'Auguste et le danger de la cour, à laquelle il venait d'échapper, rendirent plus fréquents et plus longs ses séjours dans sa métairie de la Sabine; il la décrit avec un charme toujours nouveau.
«Cher Quintius, écrit-il à un de ses amis de Rome, pour vous dire en détail la nature et la position de mon domaine, je n'attendrai pas que vous me demandiez si par ses moissons il nourrit son maître, s'il l'enrichit par ses fruits, par ses olives ou par ses vignes entrelacées aux ormeaux. Une vallée profonde, qui entrecoupe une chaîne de montagnes, reçoit à droite les rayons du soleil à son lever et se colore des clartés vaporeuses de son char qui fuit. La température vous enchanterait. Les buissons mêmes sont chargés de prunes et de cornouilles; le chêne et l'yeuse prodiguent aux troupeaux leurs glands nourrissants, au maître un épais ombrage: on se croit transporté dans la verte Tarente. Une source assez abondante pour former un ruisseau et lui donner son nom coule, aussi fraîche, aussi limpide que l'Hèbre qui baigne la Thrace; son eau est salutaire à la tête, salutaire à l'estomac. Telle est l'agréable et délicieuse retraite qui protége votre ami contre les influences malignes de septembre.»
Les peintres de la Rome actuelle s'y retirent encore aujourd'hui pour fuir les fièvres de la campagne romaine.
XXIV
C'est là qu'Horace se prêta aux désirs de ses amis lettrés, les Pisons, en écrivant ces épîtres, plus didactiques qu'agréables, qu'on a appelées son Art poétique.