Le Piémont a crié au secours, la France est accourue.

La terre de Marengo ne pouvait être marâtre à la France: elle a vaincu, elle a donné généreusement le prix de la victoire au Piémont.

Le Piémont insatiable a tenu peu de compte de cette Lombardie achetée au prix de ce sang français; il a convoité à l'instant, malgré les vues contraires de la France, les États neutres de l'Italie. Le traité sommaire de Villafranca promettait sur le champ de bataille de laisser l'Italie, étrangère à cette querelle, se reconstituer librement sur un plan fédératif. Cela était sage. Le Piémont a forcé la main au traité, en s'emparant de douze millions d'Italiens. Il a arraché la Romagne aux États pontificaux, la Toscane à sa propre indépendance; Parme à une princesse libérale et inoffensive, exilée de l'exil; il laisse rêver tout haut, sans la désavouer, l'annexion de sept millions d'hommes dans le royaume de Naples; un soldat cosmopolite pour qui le feu est une patrie, plus semblable par ses exploits personnels à un héros de la Fable que de l'histoire, Garibaldi lui offre la Sicile, et le Piémont ne lui dit encore ni oui ni non. Où s'arrêtera-t-il? Le hasard seul le sait.

Dans cet élan vers la conquête et vers l'absorption universelle de toutes les Italies, malgré la France qui les déconseille, un prince sans peur, un roi d'avant-garde, comme disait Murat, servi par un ministre équilibriste, paraît changer de point d'appui, et, Français avant la lutte, devenir Anglais après la victoire; l'Angleterre, qui cherchait depuis tant de siècles une position politique navale et territoriale contre nous au Midi, a souri aux envahissements prétendus italiens du Piémont.

L'Angleterre espère dans la maison de Savoie un allié que nous avons fait redoutable, une puissance de trois cent mille hommes sous les armes pour y appuyer son levier anglais et antifrançais au pied des Alpes; la France pourrait regretter son sang versé en faveur d'un allié pour qui un service est le prélude d'une exigence.... Jamais, en six mois, une puissance n'a autant grandi par l'imprudente connivence de l'Angleterre; sa grandeur démesurée n'est plus un service rendu à l'Italie, elle est un danger. Nous prenons nos précautions contre ce danger enfin aperçu, et nous faisons bien; la Savoie et le comté de Nice sont deux sûretés légitimes, mais deux sûretés bien insuffisantes contre la création d'une sixième grande puissance dans le monde, création qui enceindra la France d'une ceinture de périls partout, et même du seul côté où elle avait de l'air pour ses mouvements et rien à craindre.

Une Prusse du Midi! C'était assez d'une!

Voilà l'histoire exacte de l'Italie depuis Machiavel.

Voyons maintenant ce que ce souverain génie politique, ce Dante de la diplomatie, ce Montesquieu précurseur de son siècle, aurait, dans son patriotisme italien, conseillé à l'Italie s'il eût vécu de nos jours. Ici nous n'en sommes pas réduits à conjecturer; nous pouvons affirmer avec certitude l'opinion de Machiavel sur les vrais intérêts de sa patrie, car ses opinions sur la nature de la constitution fédérale qui convient à l'Italie sont toutes écrites d'avance dans les considérations lumineuses et anticipées sur la nature des choses de son temps et des temps futurs; la politique tout expérimentale de Machiavel n'était que de la logique à longue vue; la logique est le prophète infaillible des événements à distance: le génie est presbyte.

Ses conclusions étaient comme les nôtres, une confédération italique.

Une confédération n'inspire d'ombrage à personne et inspire respect et intérêt à tout le monde; une monarchie unitaire et militaire piémontaise peut inspirer des ombrages à ses voisins.