Rome, livrée à son propre arbitre, réglant sa constitution elle-même selon les besoins de son administration temporelle et les convenances de son pontificat spirituel; aucune main armée, profane et étrangère, interposée entre les souverains et les peuples, théocratiques, monarchiques ou républicains, à leur gré;
Rome capitale des capitales d'Italie, siége de la diète italique, ou bien une capitale fédérale alternative;
Florence, souveraine d'elle-même, monarchie, duché ou république, se gouvernant selon son génie, ou dans l'activité de ses Médicis, ou par le patriotisme de ses grands citoyens, ou par la douceur de son réformateur Léopold;
Turin, rentré dans ses limites, monarchie militaire, sentinelle de l'Italie septentrionale, bouclier de la Péninsule au nord, se désarmant au midi pour ne pas opprimer ce qu'elle protége, s'interdisant ses alliances séparées et suspectes avec l'Angleterre, offrant ses généraux et ses soldats à la défense de la patrie fédérale;
La Lombardie, principauté ou république, indépendante du Piémont, se modelant pour son organisation en cantons lombards, semblable à ces cantons helvétiques dont ce pays a le sol et les mœurs;
Venise, ville hanséatique sous la double garantie de l'Allemagne et de l'Italie, reprenant sous sa république et sous ses doges non plus sa place militante et conquérante que la marine de l'Europe ne lui laisse plus, mais sa place commerciale et artistique que son génie, plus oriental qu'italien, lui assure; ses provinces de terre ferme neutralisées comme Venise elle-même, et constituées ainsi pour la paix, laissant une zone de sécurité et d'inoffensivité inviolables entre le Tyrol et l'Italie:
Sous le drapeau d'une neutralité européenne, de nouvelles guerres ne sont nullement nécessaires pour une constitution semblable de l'Italie. Un congrès constituant de l'Europe y suffit. Ce fut la première pensée qui jaillit du sang encore chaud de la France après la victoire de Solferino et la paix de Villafranca. Les premières pensées sont l'éclair des situations difficiles. La révélation tardive sortie d'une guerre fatale à tant de braves aurait été aussi la révélation de la paix; pourquoi la maison de Savoie et l'Angleterre ont-elles réussi à fausser cette pensée en l'exagérant? La confédération italique aurait jeté du moins ses racines dans ce sang. La monarchie piémontaise absorbant l'Italie annexée est la pensée de l'envie britannique contre la France, de l'ambition sarde contre l'Italie, pensée folle comme l'ambition, hostile comme la haine, pensée punique qui trompera bientôt les deux puissances qui l'ont conçue et qui trompera l'Italie elle-même, qu'elle constitue sur un perpétuel champ de bataille, au lieu de la constituer en un faisceau de droits et de libertés.
C'est la conquête, ce n'est plus la liberté!...»
XXIX
C'est ainsi, selon nous, qu'aurait parlé le sage et profond patriote italien Machiavel, si son esprit avait pu être évoqué dans un comice italien, la veille des annexions de Gênes, de Milan, de la Lombardie, des Romagnes, de Florence, de la Toscane, de la Sicile, et bientôt de Rome et de Naples! Si l'on en doute, qu'on relise Machiavel, comme je viens de le relire: on retrouvera partout en lui cette pensée de l'inviolabilité des groupes nationaux qui composent l'Italie, et de l'équilibre entre ces nationalités reliées par le lien fédératif; c'est l'homme de la ligue italique.