En 1696 elle déserta momentanément l'Allemagne. Le duc de Savoie, Amédée II, obtient l'alliance de Louis XIV en donnant sa fille au duc de Bourgogne. Cette princesse savoyarde en France fut un négociateur habile et intime dans la familiarité du roi.
Louis XIV, en retour, donna Pignerol à la maison de Savoie. Quelques années plus tard, le duc vend l'alliance française à l'empereur Léopold Ier, au prix du Montferrat, de la province de Valence, d'Alexandrie, du val de Sésia, et de toute la plaine située entre Tanoro et le Pô. L'empereur lui accorde de plus, sur les dépouilles de l'Espagne, la royauté de la Sicile; on la lui retire en 1720, et on l'indemnise avec la royauté de la Sardaigne, royauté semi-barbare qui lui donne sur le continent le titre de roi.
Les intrigues et les versatilités constantes d'alliance de la maison de Savoie lui profitent par une nouvelle défection. Dix-neuf ans après, la France, en retour d'une de ces défections intéressées en sa faveur, lui obtient Tortone, Novare, et un agrandissement de territoire considérable en Lombardie. Trois ans passés, et la reconnaissance passée plus vite que les années, la maison de Savoie fait une nouvelle défection à la France, et combat avec l'Autriche contre nous.
XVIII
L'impératrice paye cette défection des provinces lombardes, du Vigevano, du duché de Pavie et du territoire de Plaisance; chaque annexion à ce royaume rapiécé du Piémont porte la date d'une alliance troquée contre une autre.
La révolution française la compte au premier rang de ses ennemis armés. Vaincue d'un revers de nos armes, la maison de Savoie perd pièce à pièce ses États, comme elle les a reçus. Elle fléchit sous la nécessité, et la république française la laisse végéter humble et soumise à Turin, sous le contrôle d'un proconsul plus que d'un ambassadeur (Ginguené).
Effacée enfin du rang des souverainetés italiennes par Bonaparte, comme éternelle complice de l'Autriche, elle se relègue elle-même sur son rocher royal de Sardaigne, où nos ressentiments ne peuvent la suivre.
La correspondance diplomatique récemment publiée du comte de Maistre nous montre ses efforts obstinés et naturels alors pour ameuter la Russie, l'Angleterre et l'Autriche contre la France.
Comme elle n'a plus de force, elle n'a plus de crédit dans les conseils du monde, elle écoute aux portes des cabinets, elle attend de la destinée l'heure d'une restauration dans ses possessions italiennes par la main de la coalition dont elle est le satellite; son royaume, gouverné par un proconsul français, le prince Borghèse, et par cinq préfets de la France, s'est complétement et facilement incorporé à nous. Ses excellents soldats, indifférents à la cause pourvu que l'honneur, la gloire et la victoire la consacrent, sont les meilleurs auxiliaires de Napoléon. Ses grands seigneurs, distingués mais flexibles, accoutumés à changer de maîtres, décorent les conseils et les palais de Napoléon: les Saint-Marsan, les Alfieri, les Barollo, les Ghilini, les Salmatoris, les Carignan, chambellans, juges, sénateurs, généraux, colonels, préfets du palais, administrateurs, rivalisent de services, de talents et de fidélité à l'empereur ou à ses lieutenants. Nice, la Savoie, le Piémont, adhèrent de tout leur patriotisme civil et militaire à la France; ils sont accoutumés à changer de patrie; ils honorent toutes celles qu'ils adoptent, pourvu que ces patries les grandissent; la maison de Savoie leur a inoculé ces mœurs politiques. Grandir est la loi des petites puissances.