Le malheur veut, continue la suivante Olinde, que Zerbin, le frère de Ginevra, ne soit pas en ce moment en Écosse. Il adore sa sœur, et il combattrait triomphalement pour elle, à qui sa vertu n'est pas suspecte.

«Cependant, ajoute Olinde, le prince perfide qui a abusé de mon amour pour perdre, par son subterfuge, Ginevra, craignant que je ne révèle son crime et l'innocence de ma maîtresse, m'a livrée à ces assassins qui, sans vous, allaient m'arracher la vie.»

Renaud fait monter Olinde, voilée, à cheval, et entre avec elle dans la capitale. Le peuple s'assemblait déjà pour assister à l'épreuve du tournoi. Un chevalier inconnu, arrivé la veille, allait combattre Lurcins dans une prairie voisine transformée en lice; le féroce duc d'Albanie, en qualité de connétable, présidait en champ clos. Monté sur un puissant coursier, il se réjouissait malignement en secret du péril de Ginevra et du succès de sa perfidie.

Renaud, s'avançant vers le roi, lui dit d'interrompre le combat entre Lurcins et le chevalier inconnu. «Car l'un, ajouta-t-il, croit combattre pour la vertu, et combat pour la calomnie; l'autre ignore s'il est dans le vrai ou dans le faux, et combat, par une magnanime générosité, pour arracher à la flétrissure et à la mort une si parfaite beauté. Moi, j'apporte le salut à l'innocence, j'apporte le démenti à qui a ourdi le mensonge.»

On suspend le combat; Renaud explique devant le roi et devant sa cour toute la trame de Polinesso. Il défie le perfide calomniateur. Le roi et le peuple font des vœux pour Renaud. Les deux chevaliers courent l'un contre l'autre; Renaud traverse du fer de sa lance le corps de Polinesso; le vaincu demande la vie. Renaud descend de son cheval, délace la cuirasse et le casque de Polinesso, qui confesse son subterfuge et son mensonge devant le roi et devant le peuple; le scélérat meurt en rendant l'innocence et la vie à Ginevra. Des acclamations de joie et de triomphe s'élèvent de la bouche du roi et du peuple autour de Renaud. On prie le chevalier inconnu qui n'a pas eu la gloire, mais le mérite de prendre la cause de Ginevra, de se découvrir: son casque, qui tombe, laisse reconnaître Ariodant, l'amant de Ginevra; tout en la croyant coupable, il avait voulu vaincre pour elle ou mourir pour elle. Il s'était, en effet, précipité de désespoir du haut d'un rocher dans la mer, et le pèlerin auteur de cette rumeur n'avait pas menti; mais il s'était repenti de mourir sans que sa mort fût au moins utile à sa maîtresse, quoique infidèle, et il avait regagné la rive à la nage. Un ermite chez lequel il s'était réfugié pour sécher ses vêtements lui avait appris la condamnation de Ginevra et son péril de mort; il avait pris la résolution de combattre contre son propre frère pour l'innocence de son amante. Il avait revêtu d'autres armes, monté un autre coursier, arboré un écu noir en signe du deuil de son cœur. Renaud, le roi, la cour, le peuple, touchés de sa générosité et de sa constance, avaient supplié Ginevra de récompenser tant d'amour par le don de sa main. Elle lui avait déjà donné et gardé son cœur.

L'aventure finit par le mariage d'Ariodant et de Ginevra.

XI

L'attention, qui était restée flottante et distraite sur toutes les physionomies jusqu'à cet épisode ingénieux et pathétique de Ginevra, s'était recueillie, concentrée, et comme pétrifiée sur toutes les figures, depuis qu'il se déroulait en stances cadencées sur les lèvres du lecteur. On respirait à peine; on n'entendait d'autre bruit dans la grotte que celui de la rigole qui accompagnait, comme une basse continue, la musique des vers. Le visage de la candide Thérésina reflétait chaque sensation et chaque stance; il y avait tantôt de la rougeur, tantôt de la pâleur sur ses joues, tantôt du sourire fugitif, tantôt des larmes superficielles dans ses beaux yeux. C'était la première fois qu'un grand poëte jouait, pour ainsi dire, de son âme neuve et de son imagination encore endormie; à lui seul ce visage était un poëme.

Sa charmante mère était moins émue, mais pas moins charmée; elle recueillait son plaisir intérieur sous ses longs cils fermés sur ses yeux; mais, pendant que le haut du visage gardait ainsi la gravité de l'attention, ses lèvres souriaient par moments comme en rêve.

Le chanoine même était attendri: