Aux aboiements des chiens, aux fanfares du cor,
Notre hôte aussi parut, à cheval, mâle encor.
L'automne est la saison de Saint-Point. L'eau qui pleure.
La cloche plus sonore au loin lançant mieux l'heure,
Le vent d'automne humain aussi comme nos voix,
Les arbres nus pleurant leur jeunesse effeuillée,
Les sapins balançant leur deuil sur la vallée,
Les grands brouillards rêveurs flottant le long des bois,
Le ciel bleuâtre ainsi que des veines pâlies,
Les feuilles gémissant sous le rhythme des pas,
Couvrent tout de mystère et de mélancolie;
La vallée attendrit et ne désole pas.
Les chants du rouge-gorge errant dans l'avenue,
Des doux morts envolés adoucissent l'adieu,
Et le soleil, glissant des larmes de la nue,
Ouvre dans le nuage une échappée en Dieu.

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Mais il n'écoutait plus la voix de son génie,
Ni l'ami, ni l'oiseau, ni le vent dans les bois;
Il sonnait le tocsin de sa vie aux abois.
La saison et sa peine étaient en harmonie;
Sa demeure en débris et les feuilles tombaient;
Les bois tristes, les cœurs sans espoir, succombaient.
Sur sa noire jument, à la tête étoilée,
Il allait, en causant, sous la nuit de l'allée,
Comme sa sombre vie au fond de l'inconnu;
Il n'avait plus d'étoile, et son ciel était nu.
Au retour, un autre homme apparut; la nature,
Les amis revenus, les haltes ici, là,
La paix du soir avaient apaisé sa torture.

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Après une soirée consacrée à la lecture en commun, chacun se retira dans quelques recoins des vieilles tours du château, presque ouvert aux vents. Les livres et les tableaux ont suivi ceux de Walter-Scott à l'encan des commissaires-priseurs de Londres et de Paris. Avant le jour suivant, les deux pèlerins, à pas muets, font le tour du château pour découvrir la lueur mourante de la lampe de nuit, à travers les vitres, de leur hôte. Ils savent que je suis à l'étude avant le soleil: ils cherchent à me voir sans être vus. Lisez cet inventaire prosaïque, et pourtant poétique, de ma tour de travail:

Tout dort dans le château plein d'ombre et de silence.
Sous un cintre voûté, seul, un homme s'avance:
Au sillon de la plume, avant son laboureur,
Le poëte est debout, et marche à son labeur.

L'antre de la sibylle a la nuit du mystère;
La grotte du poëte est sombre, nue, austère.
Sa mère et son enfant sont tout près, chers tombeaux,
Deux portraits devant lui, de son cœur deux flambeaux!
Il écrit, le front haut, sur des feuilles sans nombre,
Sans courber comme nous sa taille sous l'effort,
Dans l'œuvre de l'esprit attitude du fort.
La lune du foyer, la lampe, luit dans l'ombre;
La flamme du sarment l'enivre de chaleur,
Et le feu, la lumière, harmonieux mélange,
Éclairant le poëte avec un jour étrange,
De leur chaude auréole enflamment sa pâleur;
D'un geste familier sa main gauche caresse
Ses deux blancs lévriers, amis et fils d'amis,
Dans l'épaisse fourrure à ses pieds endormis.
L'hôte est bon: je l'ai vu veiller avec tendresse,
Nuit et jour, sur son lit un pauvre chien mourant!
À qui sait compatir tout ce qui souffre est grand!

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Mais le phare du jour déchire les ténèbres
Qui dorment sous l'église et les arceaux funèbres
Où sont les morts, si chers qu'on ne les nomme pas!
À cette heure où tout vit, qu'est-ce que le trépas?
Chaque matin pour l'homme est une renaissance!
À l'appel du soleil on se lève soudain;
Le corps prend sa fraîcheur, l'âme son innocence,
Dans cet air transparent et vierge du jardin.
Oh! la fraîcheur de l'aube! oh! comme elle réveille
Et chasse de la nuit la lourde volupté!
Comme on rouvre son cœur oppressé par la veille,
À ce vent de jeunesse et d'immortalité!

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