Cet acte répréhensible de son ministre des affaires étrangères a fait sans doute quelque mal à l'Angleterre alors; mais, comme tous les actes réprouvés par la conscience, il a fait plus de mal à Louis XVI et à la France.

La France, d'abord, quel avantage réel en a-t-elle retiré? si ce n'est l'ingratitude et souvent l'hostilité de cette république égoïste des États-Unis, qui a aboli de ses lois la reconnaissance comme une vertu improductive pour ce peuple de caboteurs, d'agioteurs et de négriers, qui a fondé sa législation politique sur un vice et sur un crime à la fois, l'anarchie et l'esclavage, qui a fait à la France la guerre navale des transports au profit de l'Angleterre et à la ruine de nos ports; qui, pour comble d'impudeur, après la paix, nous a demandé, sous peine de guerre, le remboursement des sommes qu'elle n'avait pas assez gagnées sur nous dans nos calamités nationales, l'indemnité de la rapacité américaine! l'usure d'un monde sur un autre monde! Juste récompense du sang et de l'or français, bravement mais déshonnêtement prodigués à une guerre illicite.

Louis XVI, ensuite, qu'en a-t-il recueilli?

Le ressentiment légitime et implacable de l'Angleterre, la contagion de l'esprit d'insurrection contre lui-même, la glorification de la guerre civile, l'esprit d'insurrection importé d'Amérique dans sa monarchie ébranlée, les engouements de la France pour les idoles de Boston, la popularité de la licence, et enfin les applaudissements de Payne et de ses compatriotes de la Convention aux préludes de la mort du roi leur bienfaiteur!

XIII

De plus, ce ressentiment très-fondé de l'Angleterre contre Louis XVI et contre la France, en 1790, menaçait de compliquer la révolution et de diviser la cause des peuples libres en Europe, en divisant la France et l'Angleterre.

XIV

Or il y avait alors, comme il y a encore en France, deux esprits révolutionnaires très-distincts et très-opposés: l'esprit philosophique de la révolution, et l'esprit turbulent de la guerre.

L'un était l'esprit des hautes classes, y compris le club des Jacobins, les hommes de paroles, de systèmes, d'utopies, de réformes, de liberté, d'égalité pratiques: ceux-là regardant la paix et la fraternité entre les peuples comme le premier bienfait de la révolution; les autres, passions populaires et soldatesques plus qu'intelligentes, vociférant la guerre universelle à grands cris, et surtout la guerre à l'Angleterre, par ce vieux ressentiment hébété qui fait partout appel à son bras, ne pouvant pas faire appel à sa tête, brutalité des places publiques et des casernes, qui n'a pour diplomatie que des vociférations et pour traités que des levées en masse.

Les assemblées, les journaux et les clubs voyaient lutter dans leurs feuilles, dans leurs harangues, ces deux esprits. La guerre à tout le monde, et, avant tout le monde, à l'Angleterre, était le texte délirant des sociétés les plus populaires, à l'exception des supériorités de ce parti, assez hommes d'État pour comprendre que la guerre dévorerait, au premier coup de tambour, la liberté et la révolution.