Ce prétendu droit de nationalité imprescriptible n'est donc pas plus un principe de diplomatie au delà de la Manche, au delà du Rhin, au delà de la Vistule, au delà de l'Éridan, au delà de l'Arno, que chez vous. Ce qui est vrai est vrai partout. La France et l'Angleterre n'ont pas le privilége de la vérité. Il faut donc chercher un principe absolu de diplomatie ailleurs que dans ce principe de l'insurrection universelle.

Ce principe, il n'y en a qu'un, C'EST LA PAIX; la paix, le bien suprême et commun à tous les États constitués sur la terre. Voilà le but.

Et pour moyen, L'ÉQUILIBRE;

L'équilibre, maintenu, autant que possible, par la force relative propre, ou par la force des alliances qui mettent le poids des petits États à côté des grands pour égaliser les systèmes.

La Paix et L'équilibre, voilà le principe; voilà le mot d'ordre; voilà l'honnêteté, l'honneur, la vertu, la sainteté de la diplomatie.

XXII

Or, pour assurer aux sociétés politiques la paix, et pour établir, autant que possible, l'équilibre, garantie de la paix, quels sont les moyens?

Il y en a deux: premièrement, la force nationale, qui donne aux États les conditions défensives de leur nationalité par les armes; car nous ne sommes pas de ces béats de la paix universelle qui croient supprimer la guerre entre les peuples, comme si l'on pouvait supprimer jamais l'injustice, la cupidité, l'ambition, l'oppression, l'égoïsme, les passions, qui forment malheureusement la moitié de la nature des individus ou des peuples! Ne pouvant pas les supprimer, il faut les contenir; il faut se préserver soi-même, les armes de l'indépendance à la main, contre les armes de la conquête, de l'ambition, de l'oppression des contempteurs du monde.

Les armées sont les remparts vivants des peuples: offensives, elles sont de vils instruments de tyrannie; défensives, elles sont le droit armé des nations. Nous ne connaissons rien de plus beau dans l'organisation sociale qu'une armée donnant son sang pour la patrie. L'armée, ainsi comprise, c'est la paix sous les armes. Gloire aux armées!

Le second moyen de paix, c'est le système des alliances adopté par un État avec d'autres États pour se garantir mutuellement et se secourir, en réunissant leurs forces contre l'omnipotence, l'usurpation, l'oppression des autres États; une assurance réciproque contre les périls communs. C'est ainsi que l'Europe, vaincue, attaquée, opprimée depuis Madrid jusqu'à Moscou par Napoléon, de 1806 à 1813, finit par s'allier tout entière contre la France, instrument de gloire dans la main d'un César français, par trouver son salut dans cette alliance de tous contre un, et par dicter deux fois la paix dans la capitale de la guerre.