CICÉRON

TROISIÈME PARTIE.

I

Les savants disent que l'atmosphère dont la terre est entourée a deux régions distinctes selon la distance à laquelle cette atmosphère se déroule autour de notre globe, et qu'ainsi, pendant que la partie de cet air ambiant qui touche à la terre est agitée, troublée, souvent bouleversée par les vents, les nuées, les orages, l'autre partie, la partie la plus haute de l'éther, ne sent pas ces convulsions aériennes, mais demeure calme et impassible dans une éternelle sérénité.

C'est ainsi que l'esprit des philosophes ou des politiques, tels que Cicéron, échappe, en s'élevant dans les régions sereines et immuables de la pensée, aux préoccupations personnelles qui les agitent au milieu du sénat, du peuple, de la guerre civile, sur le sort de leur patrie ou sur leur propre sort, et que ces esprits sublimes se réfugient dans la philosophie et dans la religion pour ne plus entendre ou pour mépriser de si haut les bruits et les oscillations du monde.

C'est ainsi que ce grand homme, séparé des rumeurs de Rome par les montagnes de la Sabine et par le rideau de ses arbres, écrivait ses Tusculanes, que nous vous analysions dans notre dernier entretien.

C'est ainsi que les grands esprits, en ce moment, se séparent volontairement des préoccupations publiques et privées qui les assiégent, pour monter avec Cicéron dans les régions des pensées permanentes.

II

Une guerre inattendue a éveillé en sursaut l'Europe; une petite cour, qui a le courage de son ambition, a demandé le sang de la France au nom d'une cause plus sympathique que la convoitise d'une maison de Savoie.

Le principe de la liberté va servir à doubler un trône au pied des Alpes; l'avenir dira si le sang français aura été versé pour des alliés reconnaissants ou pour des voisins suspects. L'Italie tout entière indépendante est une belle aspiration de l'Europe; l'Italie annexée par force à des Sardes, à des Niçards, à des Piémontais, à des Allobroges, ne serait qu'un changement de servitude; un roi proclamé sous le canon d'un conquérant n'est pas un roi, mais un maître; les véritables souverainetés nationales sortent du sol et non du canon; un cri de victoire n'est pas une élection de la liberté, c'est l'élection de la force.