Deux hommes remarquables sont morts avant le temps dans ces derniers mois.
Je commencerai l'année 1862 par trois Entretiens critiqués, et même injuriés par anticipation dans le journal la Presse; ils sont intitulés: Critique de l'histoire des Girondins, par l'auteur des Girondins, à vingt-cinq ans de distance.
On verra que je n'apostasie rien que l'erreur dans laquelle je suis une ou deux fois tombé, et quelques expressions mal sonnantes ou mal interprétées par mes nombreux lecteurs; que j'ai mûri mes idées sur les conditions naturelles du pouvoir; que j'ai profité de l'expérience et des temps, mais que je suis après ce que j'étais avant, l'homme qui se corrige des moyens sans se détourner du but: la liberté par l'honnêteté, le gouvernement spiritualiste.
Les hommes qui m'invectivent d'avance au nom du progrès, ne croient pas sans doute que la terreur soit progressive, et que l'immoralité des moyens et la violence de la vérité qu'ils préconisent aujourd'hui au profit de leur cause, soient plus vertueux dans les mains du jacobinisme que dans celles de l'inquisition! Ce sont les inquisiteurs de l'indépendance politique; ils veulent mettre l'uniforme des carbonari à la libre pensée.
Ils ne méritent pas la liberté, ceux qui ne respectent pas la conscience.—Deux poids et deux mesures, est-ce la justice?—Les Camille Desmoulins sont de tous les temps; ils allument le bûcher, et ils sont consumés par la flamme quand le vent change.
Pardonnons-leur et ne les imitons pas; laissons-leur ainsi le temps de se repentir. Nul n'a le droit d'être libre s'il n'a pas été tolérant.
Nous ne disons pas cela pour le Siècle, journal dont nous différons sur la confédération de l'Italie, préférable, selon nous, à l'unité forcée, chimérique et précaire, de la péninsule. Un de ses rédacteurs nous accuse de palinodie pour cette opinion; qu'il nous lise: nous n'avons jamais pensé, écrit, agi au sujet de l'Italie que dans le sens d'une confédération unifiée par une diète nationale des États unis italiens, reconnue et garantie par toute l'Europe.
Y a-t-il palinodie de professer après, ce que l'on professait avant? Le mot est malheureux; mais le spirituel rédacteur ne nous condamne pas à mort, et cette erreur de fait de sa part n'enlève rien de l'estime et de la reconnaissance que nous portons à la rédaction d'un journal libéral partout ailleurs qu'en Italie, pierre d'attente de la liberté, et qui mérite que la liberté l'attende à son tour.
Lamartine.