Sa statue de Moïse, c'est la statue de la Bible tout entière; c'est un livre terrible fait homme; c'est le judaïsme incarné; Isaïe n'est pas plus prophète que Michel-Ange. La sagesse et la terreur divines descendent de toutes les hauteurs de ce front, de tous les poils de cette barbe, de tous les plis de ce vêtement sur l'âme du spectateur. On ne peut regarder cette statue qu'à genoux.

Mais ce n'était là que la moitié du génie de Michel-Ange, la grandeur; l'autre moitié de ce génie, la beauté, est à Florence.

Recueillez-vous, comme je l'ai fait souvent tout un jour, dans la chapelle funéraire des Médicis, de San-Lorenzo; contemplez d'abord l'admirable et sobre architecture de cette chapelle, cadre austère de quatre tombeaux portés et incrustés dans les murs, puis levez les yeux vers ces morts vivants!

XV.

Dante, excepté dans la figure de Françoise de Rimini, n'a pas de telles physionomies, de telles attitudes, de telles pensivités, de telles mélancolies, de telles tragédies dans ses visages. Oui, Michel-Ange, dans ses bronzes et dans ses marbres, est encore plus poëte que Dante dans ses vers; et combien cependant n'est-il pas plus surhumain de manier le bronze ou le marbre que la plume! Combien la matière ne résiste-t-elle pas plus à l'ouvrier que la langue!

La Bible avait fait dans Michel-Ange la statue de Moïse; le christianisme biblique du moyen âge avait fait dans Michel-Ange les dessins du Jugement dernier; la liberté civique avait fait dans Michel-Ange les tombeaux des Médicis.

Mais hâtons-nous de remonter à Phidias, et assez causé.

XVI.

Citons d'abord ici une magnifique exposition des origines logiques de l'architecture et de la sculpture chez les grands peuples artistes de l'univers, par M. de Ronchaud; on y aura tout de suite un exemple de ce style substantiel sans être lourd, savant sans être pédagogique, brillant sans être verni, qui forme le caractère du jeune écrivain.

XVII.