«Partout où il arrivera que les femmes soient communes, les enfants communs, les biens de toutes espèces communs, et où l'on aura retranché des relations de la vie jusqu'au nom même de propriété... on peut assurer que là est le comble de la vertu... Un tel État, qu'il ait pour habitants les dieux ou des enfants des dieux, est l'asile du bonheur parfait; il faut en approcher le plus possible!»
«La République de Platon, dit plus bas le philosophe français, est la conception d'un État fondé exclusivement sur la vertu!»
Quoi! la famille, que proscrit Platon, est donc l'opposé de la vertu? La paternité est donc un vice? La maternité est donc un crime? La tendresse filiale est donc un forfait? La propriété héréditaire, qui seule porte et perpétue ce groupe humain, est donc un attentat à la vertu?
Nous savons bien que l'éloquent commentateur français de Platon proteste par son bon sens contre l'exagération de son maître et proclame la famille sainte, la propriété bonne et sacrée. Mais ce n'est pas moins fausser l'entendement humain en politique que de présenter la République de Platon comme un idéal de gouvernement dont une législation doit se rapprocher.
XXXI.
M. Cousin, qui comprend tout de si haut, semble n'avoir pas assez sondé le danger d'offrir en admiration aux hommes des théories qui ne sont que des rêves contre la société possible: car la société est la première des réalités; les rêves la tuent.
Ce qu'il y a selon nous de plus contraire au progrès, c'est de marcher à contre-sens de la nature. Les instincts sont les sources des lois bien faites; tout ce qui ne découle pas directement des instincts s'égare; les instincts sont la logique de Dieu en nous.
En politique, un crime est moins funeste à la société qu'une chimère, et, si l'on me donnait à choisir entre Machiavel, le législateur du crime politique, et Platon, le législateur des rêves, je choisirais plutôt Machiavel, car Machiavel ne déprave que l'âme d'un tyran, et Platon déprave la liaison du genre humain!
XXXII.
Oh! quand donc, au milieu de tant de cours de sciences physiques, théologiques, économiques, mathématiques, métaphysiques, qui aiguisent l'intelligence professionnelle, mais qui quelquefois faussent l'intelligence générale de notre siècle, aurons-nous enfin un cours de bon sens politique, non pas calqué sur les utopies de Platon, mais dérivé de la nature de l'homme; retrouvant l'origine des lois dans ces législations innées qui sont nos instincts?