«Il dirige les vents au milieu des airs, comme sur les courants des ondes, et fait étinceler l'éclair de feu né dans l'espace.

«Au haut des cieux, il demeure inébranlable sur son trône d'or. La terre est son marchepied. Il étend sa droite jusqu'aux confins de l'Océan. À sa colère les montagnes tremblent dans leurs fondements, et ne peuvent soutenir son effort puissant.

«Ce dominateur des cieux est partout, et il accomplit tout ce qui se fait sur la terre, lui qui est à la fois le commencement, le milieu et la fin.

«Ainsi les anciens en parlent. Ainsi l'a déclaré le Fils du Nil, qui reçut de Dieu lui-même les préceptes de la double table des lois[2].

«Il n'est pas permis de dire autrement, et je me sens frémir dans tous mes membres quand je viens à penser que tout à la fois et à tout commande ce souverain.

«Mais, ô toi! mon fils, recueille tes pensées, gouverne sagement ta langue, et garde ta voix au fond de ton cœur.

«Telles étaient, mon cher ami, les grandes idées religieuses émanées du culte de Jéhova bien plus que de celui de Jupiter, qui se groupaient encore, à l'aurore du christianisme, sous l'ombre d'Orphée, et se paraient de son nom. Quant à moi, comme au milieu de ces divers travestissements de sa pensée, je ne rencontrais que peu de traits de son propre génie, je m'en étais fait une image idéale plus près du ciel que de la terre, et cette image s'est mêlée à toutes les jouissances ou aux illusions de mes pérégrinations orientales; enfin, quand je m'asseyais sur les décombres d'Éleusis et sous les colonnes du Parthénon, où vous avez médité vous-même, il me semblait toujours voir planer, au-dessus des monuments écroulés ou debout encore du culte ou des arts, la grande figure d'Orphée, le premier en date des bienfaiteurs de l'humanité.»

XI.

Une traduction des poésies d'Eschyle, cette élégie nationale des vaincus de Salamine, écrite et chantée sur le théâtre d'Athènes pour grandir les vainqueurs, termine cette belle étude sur la poésie des Grecs. C'est une véritable encyclopédie hellénique, sans prix pour les savants et pour les poëtes.

Huit jours après avoir publié ce volume, qui devait lui ouvrir les portes de l'Académie française, but mondain de sa vie d'étude, il n'était plus. Il s'était éteint sans souffrance et sans angoisse, plein de confiance dans les promesses de la religion, qu'il avait toujours admise sans contrôle dans ses dogmes pour la pratiquer dans ses vertus.